Darfour: un chef rebelle réclame une zone d'exclusion aérienne à la libyenne

14 avril 2011 à 16h37 par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Le chef rebelle en exil Abdelwahid Nour réclame une zone d'exclusion aérienne au Darfour pour y mettre fin au "génocide en cours", dénonçant dans une entretien exclusif à l'AFP l'indifférence de la communauté internationale à la répression menée par le Soudan.

Selon lui, les autorités de Khartoum mettent à profit la polarisation de l'attention sur des crises comme la Libye pour mener une nouvelle série d'attaques dans la province séparatiste de l'ouest du pays.

"Nos gens sont tués, violés, expulsés de leurs terres.Ce régime commet en permanence un génocide", a-t-il déclaré dans un entretien par téléphone.

"J'appelle la communauté internationale et le Conseil de sécurité des Nations unies à imposer une zone d'exclusion aérienne au Darfour.Il est temps d'empêcher le régime de continuer ces attaques", a-t-il ajouté, estimant ne pas pouvoir participer au négociations de paix de Doha tant que ces attaques continueraient.

Alors qu'une zone d'exclusion aérienne a été rapidement mise en place en Libye, une telle mesure, envisagée depuis des années au Darfour, n'a toujours pas été adoptée, malgré le soutien affiché par Barack Obama avant son élection à la Maison blanche.

M. Nour est l'un des dirigeants de l'Armée/Mouvement populaire de libération du Soudan (SLA/M).Réfugié à Paris jusqu'au mois dernier, il a quitté la France, selon lui, à la demande des autorités et s'est établi à Nairobi.Le Quai d'Orsay affirme de son côté qu'il est parti de sa propre initiative

M. Nour a qualifié le gouvernement soudanais de "régime fondamentaliste (et) sans légitimité", préoccupé uniquement par une "paix de façade" au Darfour, d'où il a expulsé des ONG "qui donnaient de la nourriture et des fournitures médicales à notre peuple".

Dans ce contexte, "pour nous, le problème n'est pas d'aller ou non à Doha.Le problème, c'est la sécurité.Nous avons besoin que la vie humaine et la sécurité soient respectées, et ce n'est pas le cas", a-t-il martelé.

Après une accalmie relative, la reprise des combats depuis décembre entre les rebelles et l'armée a provoqué l'arrivée de plus de 70.000 réfugiés supplémentaires dans les camps de l'ONU, selon les Nations unies.

M. Nour a notamment rencontré l'envoyé spécial des Nations unies pour le Darfour, Ibrahim Gambari, le 21 mars à Kampala, pour lui demander la mise en place d'un corridor humanitaire dans l'est du Jebel Marra, bastion de ses rebelles.

En février, l'ONG française Médecins du Monde a été expulsée de cette région, après avoir été accusée de soutenir les insurgés.

Mercredi, le gouverneur du Sud-Darfour, Abdelhamid Kasha, a indiqué que les autorités s'apprêtaient à expulser une autre ONG étrangère de la région pour refus de coopérer.

M. Nour a toutefois affirmé être prêt à redonner toutes ses chances au processus de paix.

"Maintenant, je suis de retour en Afrique, je consulte beaucoup de gens, différents groupes militaires, la société civile de pays voisins, et la plupart des partis politiques au Soudan, pour avoir une vraie paix", a-t-il déclaré.

En février, des dirigeants du JEM avaient indiqué essayer de convaincre la SLA-Abdelwahid, la faction de M. Nour, de se joindre aux négociations avec le gouvernement à Doha, sous la houlette de l'ONU.

Ces négociations sont cependant au point mort depuis l'annonce par Khartoum d'un projet unilatéral de référendum sur le statut administratif de la région.

En huit ans, le conflit au Darfour, opposant des rebelles non-arabes au régime arabe de Khartoum, a fait au moins 300.000 morts et 1,8 million de réfugiés, selon l'ONU.