Djibouti: le soldat à l'origine d'un mouvement de contestation en grève de la faim

11 juin 2020 à 11h49 par AFP

AFRICA RADIO

Un militaire dont la détention fait souffler un vent de fronde à Djibouti est en grève de la faim, a-t-on appris jeudi auprès de son avocat, pendant que Reporters sans frontières (RSF) annonçait la libération de deux journalistes ayant couvert cette affaire.

Le lieutenant de l'Armée de l'air Fouad Youssouf Ali, emprisonné depuis le 22 avril, "a entamé une grève de la faim", a déclaré à l'AFP son avocat Zakaria Abdillahi, qui a pu visiter son client mercredi pour la première fois depuis le 13 mai.L'officier a dénoncé dans une vidéo ses conditions d'incarcération dans la prison de Gabode, à Djibouti-ville, où le régime est accusé par les défenseurs des droits de l'homme de détenir ses opposants et de parfois recourir à la torture.Il y montre la pièce minuscule et répugnante de saleté qui lui sert de cellule, et dévoile ce qui semble être des blessures aux jambes provoquées par des mauvais traitements.Ce geste a poussé des milliers de Djiboutiens à manifester depuis une semaine dans la capitale et à Ali Sabieh, la deuxième ville du pays (sud). Ces manifestations ont été brutalement réprimées et de nombreuses personnes ont été arrêtées.Dans un entretien diffusé mardi à la télévision nationale avec la Commission nationale des droits de l'homme, un organisme proche du pouvoir, Fouad Youssouf Ali explique ne pas avoir été maltraité.Mais selon Me Abdillahi, son client conteste un "montage mensonger" de la télévision d'État. L'avocat réclame son hospitalisation et attend toujours le résultat d'une expertise médicale en cours.Par ailleurs, RSF a annoncé dans un communiqué la libération de deux journalistes de la Voix de Djibouti, le seul média libre du pays, qui avaient enquêté sur cette affaire. Parmi eux figurait le propre correspondant de RSF, Mohamed Ibrahim Wais.Dans une première vidéo diffusée en mars, Fouad Youssouf Ali s'était plaint des humiliations et persécutions qu'il subissait en raison de son origine tribale, et du népotisme régnant selon lui dans l'armée.Le même jour, il s'était enfui vers l'Éthiopie pour y demander l'asile politique. Mais arrêté le 8 avril par la police éthiopienne, il a été remis quelques jours plus tard à Djibouti. Son avocat dénonce un "enlèvement" et une "détention arbitraire".Accusé par le régime d'avoir tenté de voler un avion militaire pour se rendre en Erythrée, avec laquelle Djibouti entretient des relations tendues, Fouad Youssouf Ali a été inculpé notamment de trahison.Petit pays hautement stratégique de la corne de l'Afrique, qui abrite des bases militaires française, américaine, chinoise et japonaise, Djibouti est dirigé d'une main de fer depuis 1999 par le président Ismaïl Omar Guelleh.