Egypte: l'armée appelle à l'arrêt des mouvements sociaux

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

L'armée égyptienne, qui détient les pleins pouvoirs depuis la chute du président Hosni Moubarak, a appelé lundi à l'arrêt des mouvements sociaux qui se multiplient depuis la révolte pour permettre la reprise de l'énonomie. 

Des membres du conseil suprême des forces armées, formé d'une vingtaine de généraux, se sont en outre entretenus avec des cybermilitants à l'origine du soulèvement pour discuter des réformes démocratiques promises, après la dissolution du Parlement et la suspension de la Constitution.

La France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont par ailleurs annoncé que l'Egypte leur avait demandé de geler les avoirs d'ex-hauts responsables égyptiens, Paris précisant que la demande n'incluait pas M. Moubarak.

Dans un communiqué lu à la télévision d'Etat, l'armée a appelé à cesser grèves et manifestations, affirmant que "les Egyptiens honorables voient que ces protestations en ce moment délicat" ont des "conséquences négatives" pour le pays.

Des arrêts de travail et des manifestations ont eu lieu dans les transports, la banque, le pétrole, le textile et même au sein de médias officiels et certains organismes gouvernementaux, pour demander des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail, selon des sources syndicales et associatives.

"Il est difficile de dire exactement combien de personnes sont en grève et où", a affirmé à l'AFP le responsable du Centre des services pour les syndicats et les ouvriers (CTWS), Kamal Abbas, un organisme indépendant spécialisé dans les affaires sociales, en se demandant "qui n'est pas en grève?".

D'après deux cybermilitants qui ont rencontré deux généraux de l'armée, les militaires ont l'intention de proposer des amendements à la Constitution dans les dix prochains jours et de soumettre ces changements à un référendum dans deux mois.

"L'armée a affirmé qu'elle n'aspirait pas à gouverner l'Egypte, et que l'avenir de l'Egypte résidait dans un pouvoir civil", ont affirmé Waël Ghonim, jeune cadre de Google devenu icône du soulèvement, et le blogueur Amr Salama.

Le conseil suprême des forces armées a indiqué dimanche qu'il prenait "en charge la direction des affaires du pays provisoirement pendant six mois, ou jusqu'à la fin des élections législatives et de la présidentielle" tout en maintenant, pour la gestion des affaires courantes, le gouvernement formé par M. Moubarak le 31 janvier.

Lundi, les voitures avaient repris possession de la place Tahrir, épicentre de la révolte au Caire.Seul un petit groupe de militants était encore mobilisé, entouré par un cordon militaire.

La place restait cependant ornée d'immenses portraits des "martyrs" de la révolte populaire lancée le 25 janvier et au cours de laquelle au moins 300 personnes ont été tuées, selon un bilan non confirmé de l'ONU.

La Bourse du Caire, fermée depuis plus de deux semaines, a fait savoir qu'elle ne reprendrait pas ses activités avant dimanche (premier jour ouvré de la semaine en Egypte) en raison des perturbations dans le secteur bancaire.

La France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont annoncé lundi que Le Caire leur avait demandé le gel d'avoirs d'ex-responsables égyptiens.Londres et Berlin n'ont pas fourni de détails sur les personnes concernées, mais Paris a affirmé que l'ex-président Moubarak et sa famille n'étaient pas concernés.

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, s'est pour sa part dit favorable à un gel des avoirs de M. Moubarak.Vendredi, la Suisse avait décidé de geler "avec effet immédiat" les avoirs que pourraient détenir dans la Confédération M. Moubarak et son entourage.

La porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, Maja Kocijancik, n'a pas exclu une telle option au niveau européen, mais indiqué que l'UE attendrait une demande du Caire pour agir.

La presse égyptienne quant à elle multipliait les récits sur les derniers jours au pouvoir de M. Moubarak, présenté comme un homme plongé dans la confusion entre un ministre de l'Intérieur qui lui cachait la vérité sur l'ampleur des manifestations et son fils Gamal, son dauphin présumé, qui le poussait à adopter une ligne dure.

Les deux fils de M. Moubarak en seraient pratiquement venus aux mains, l'aîné Alaa accusant Gamal d'avoir "sali l'image" de leur père en inspirant l'un de ses discours, qui a provoqué la colère des manifestants.

Enfin, deux des antiquités volées au Musée égyptien du Caire pendant les manifestations ont été retrouvées dans le jardin entourant le bâtiment, selon les autorités égyptiennes, qui recherchent toujours le reste des objets dérobés, parmi lesquels figure une statue en bois recouverte d'or de Toutankhamon.