Egypte: Morsi contre les atteintes au prophète, heurts devant l'ambassade américaine

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

Le président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, a condamné jeudi les "atteintes" au prophète Mahomet tout en rejetant la violence, tandis que les heurts se poursuivaient aux abords de l'ambassade américaine au Caire entre policiers et manifestants.

Un film anti-islam produit aux Etats-Unis, se voulant une description de la vie du prophète et évoquant notamment les thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie, a provoqué des tensions en Egypte et dans d'autres pays musulmans.

Des heurts ayant commencé dans la nuit autour de l'ambassade des Etats-Unis, dans le centre du Caire, se poursuivaient de manière sporadique dans l'après-midi.Des manifestants jetaient des pierres sur la police anti-émeutes déployée devant la mission et les forces de l'ordre répliquaient par des tirs de gaz lacrymogène en visant parfois directement les jeunes manifestants, selon un journaliste de l'AFP sur place.

D'après le ministère de la Santé, 70 personnes ont été blessées dans ces violences.

Le président Morsi, qui se trouve en visite officielle à Bruxelles, a appelé à la retenue dans une allocution diffusée par la télévision d'Etat.

"Nous, les Egyptiens, nous refusons tout type d'agression ou d'insulte à notre prophète.Je condamne et je m'oppose à tous ceux qui disent (...) des insultes contre notre prophète", a-t-il déclaré.

Mais "il est de notre devoir de protéger nos hôtes et ceux qui viennent de l'étranger, et j'appelle tout le monde à prendre cela en compte, à ne pas contrevenir à la loi en Egypte et (...) à ne pas agresser les ambassades", a-t-il ajouté.

M. Morsi a également condamné l'attaque contre le consulat des Etats-Unis à Benghazi (est de la Libye) qui a coûté la vie à quatre Américains, dont l'ambassadeur."Nous refusons ce qui s'est passé à Benghazi (...).Nous savons tous que tuer des innocents est refusé par l'islam".

"J'ai parlé avec le président américain ce matin et je lui ai dit la nécessité qu'il y ait des mesures légales dissuasives contre ceux qui veulent endommager les relations entre les peuples, surtout entre le peuple égyptien et le peuple américain", a poursuivi M. Morsi.

Appel à des manifestations vendredi

Le président Barack Obama avait auparavant estimé que le gouvernement égyptien n'était ni l'allié, ni l'ennemi des Etats-Unis, et mis en garde contre un "vrai gros problème" si jamais Le Caire ne protégeait pas l'ambassade américaine.

Les Frères musulmans, première force politique d'Egypte dont est issu le président, ont appelé à des manifestations pacifiques vendredi devant les mosquées.

Mercredi, le Premier ministre Hicham Qandil avait déjà au nom du gouvernement appelé à la retenue.Mardi soir, des milliers de personnes, dont de nombreux salafistes, avaient manifesté devant l'ambassade des Etats-Unis et un groupe était parvenu à abaisser le drapeau américain pour le remplacer par un étendard islamiste.

La confusion règne toujours sur l'identité de l'auteur du film, "Innocence of Muslims" ("L'Innocence des musulmans").Le cinéaste, qui se dit Américano-Israélien et se fait appeler Sam Bacile, aurait décidé de se cacher selon l'un de ses collaborateurs, craignant pour sa vie après l'éruption des violences.

Une information relayée par les médias américains affirmait qu'un Copte vivant dans la banlieue de Los Angeles, Nakoula Basseley Nakoula, était le responsable de la société de production du film et qu'il avait eu maille à partir avec la justice.

La presse égyptienne et des prédicateurs musulmans radicaux ont très tôt affirmé que des Coptes vivant aux Etats-Unis étaient impliqués dans sa réalisation, ce qui a fait craindre de nouvelles tensions entre musulmans et chrétiens en Egypte.

Sur le mur d'enceinte de l'ambassade des Etats-Unis au Caire, un graffiti dénonçait les Coptes de la diaspora en les qualifiant de "chiens".

 Les chrétiens d'Egypte représentent de 6 à 10% des 82 millions d'habitants selon les estimations.Ils dénoncent régulièrement des discriminations et des violences parfois meurtrières à leur encontre.

L'élection en juin d'un président islamiste a aggravé les craintes de cette communauté, malgré les assurances du nouveau chef d'Etat d'être "le président de tous les Egyptiens".