Erythrée: l'armée encercle le ministère de l'Information occupé par des mutins

21 janvier 2013 à 15h49 par La rédaction

NAIROBI (AFP) - (AFP)

Des tanks de l'armée érythréenne encerclaient lundi le ministère de l'Information à Asmara, pris d'assaut plus tôt dans la journée par au moins une centaine de militaires apparemment mutinés, mais peu de détails filtraient de ce pays des bords de la mer Rouge parmi les plus fermés au monde.

"Le ministère de l'Information est assiégé" par des blindés depuis que des mutins y ont pris position dans la matinée, a déclaré à l'AFP un diplomate basé à Nairobi et disposant de contacts en Erythrée, chiffrant pour sa part à 200 le nombre de ces militaires rebelles.

Aucun tir n'a été rapporté et la situation semblait calme dans l'immédiat dans la capitale érythréenne, a-t-il précisé.

Des expatriés érythréens disant avoir pu contacter des proches à Asmara ont confirmé à l'AFP que des troupes étaient déployées autour du ministère de l'Information et que la télévision d'Etat Eri-TV avait cessé d'émettre dans le pays.

Selon Amanuel Ghirmai, journaliste de la radio érythréenne indépendante Erena, basée à Paris, une centaine de soldats ont pris d'assaut dans la matinée le ministère de l'Information, d'où émettent la totalité des médias publics, les seuls autorisés en Erythrée où la presse indépendante est interdite et les journalistes étrangers persona non grata.

"Nous ne savons pas qui dirige le mouvement" de mutinerie en cours, a ajouté ce journaliste, qui a entendu à 10H00 locales (07H00 GMT), la lecture, brève, du début d'un communiqué sur les ondes nationales.Le signal a été coupé après la lecture des deux premières phrases.

"Nous allons libérer les prisonniers politiques et les transfuges (ayant tenté de franchir la frontière pour quitter le pays, ndlr).Nous allons faire entrer en vigueur la Constitution", a-t-on simplement entendu, selon ce journaliste.

La Constitution, adoptée en 1997 et qui prévoyait notamment le multipartisme et des élections, est suspendue depuis le conflit frontalier qui a opposé l'Erythrée à l'Ethiopie entre 1998 et 2000.

Selon le journaliste de Radio-Erena, qui a précisé tenir ses informations de sources directes dans la capitale érythréenne, tous les occupants du ministère, situé sur une colline d'où il domine Asmara, "ont été rassemblés dans une grande pièce".

Les signaux locaux de la télévision d'Etat Eri-TV et des trois radios publiques émettant en Erythrée étaient toujours coupés en fin de journée, a-t-il ajouté.Eri-TV était en revanche toujours visible sur internet et diffusait des émissions musicale et culturelle non datées.

Aucun responsable érythréen n'a pu être joint dans l'immédiat.

Le ministère britannique des Affaires étrangères a fait état sur son site internet "de mouvement militaires inhabituels dans et autour d'Asmara" et appelé les Britanniques présents en Erythrée à "faire preuve d'une extrême prudence".

"Les radios et télé locales semblent avoir été coupées.Nous recherchons de plus amples informations", poursuit la diplomatie britannique.

Le président Issaias Afeworki -- né en 1946 -- dirige l'Erythrée d'une main de fer depuis son indépendance en 1993, acquise après 30 ans de guerre contre le gouvernement éthiopien.

L'Erythrée (5,4 millions d'habitants) est classée 177e sur 187 pays dans l'indice de développement humain du Pnud (Programme de l'ONU pour le développement).Elle est considérée comme le pire pays du monde en matière de liberté de la presse, derrière la Corée du Nord, par les ONG Reporters Sans Frontières (RSF) et Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

La totalité des médias érythréens indépendants ont été fermés en 2001, en marge d'une purge lancée au sein du pouvoir par M. Issaias, après la publication d'une lettre ouverte écrite par 15 dignitaires réclamant des réformes et accusant le chef de l'Etat de dérive autocratique.Onze d'entre eux avaient été emprisonnés, les autres réussissant à fuir le pays.

Les partis d'opposition sont interdits et les contestataires du régime sont emprisonnés sans jugement, dans des conditions extrêmement dures.La réalité du pouvoir est aux mains de l'armée, essentiellement d'anciens vétérans de la guerre d'indépendance avec l'Ethiopie.

Le ministre de l'Information, Ali Abdu, un des proches du président érythréen, est porté disparu d'Erythrée depuis fin 2012.Il a fait défection et est réfugié au Canada, a confié une source diplomatique à l'AFP.