Guinée: Amnesty dénonce la mort d'opposants dans des prisons "mouroirs"

Par AFP

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Amnesty International a dénoncé mardi la mort récente dans les prisons guinéennes de quatre hommes arrêtés en lien avec la contestation contre un troisième mandat du président Alpha Condé, ainsi qu'une "vague" d'au moins 400 arrestations depuis la présidentielle d'octobre.

Les quatre hommes morts depuis mi-novembre, dont trois étaient militants ou sympathisants du principal parti d'opposition, étaient détenus "dans des prisons qui sont de notoriété publique des mouroirs où les règles du droit international pour le traitement des détenus ne sont pas appliquées", a affirmé Fabien Offner, chercheur pour Amnesty International, cité dans un communiqué de l'organisation de défense des droits humains.La Guinée a été le théâtre pendant des mois d'une mobilisation contre un troisième mandat controversé du président Condé, élu en 2010 et réélu en 2015. La contestation, menée par l'opposition et une partie de la société civile et plusieurs fois brutalement réprimée, a fait des dizaines de morts depuis octobre 2019. M. Condé, 82 ans, a été proclamé vainqueur dès le premier tour de la présidentielle du 18 octobre 2020 par la Cour constitutionnelle.Les Etats-Unis, la France et l'Union européenne ont émis des doutes sur la crédibilité du résultat. Ils ont montré du doigt le pouvoir ces derniers jours pour le traitement des opposants et la mort de certains d'entre eux en prison.Amnesty fustige les détentions arbitraires sans procès, les privations de soins et de visite et des conditions d'emprisonnement témoignant selon elle du "profond mépris" des autorités pour la vie humaine, et leur "indifférence totale à la déshumanisation des lieux de détention".Amnesty dénonce une vague d'arrestations d'au moins 400 personnes dans tout le pays depuis la publication des résultats de la présidentielle. Selon une liste nominative établie par des avocats, 167 d'entre elles sont détenues à la prison centrale de la capitale Conakry, selon Amnesty.Le gouvernement, sollicité par l'AFP, n'avait pas réagi mardi après-midi à ces incriminations. Il accuse régulièrement Amnesty ou Human Rights Watch d'un parti pris qui encourage selon lui la violence de l'opposition et qui ignore les efforts et les progrès qu'il dit avoir accomplis.Les défenseurs des droits humains dénoncent la dérive, ces dernières années, du régime de M. Condé, ancien opposant historique devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires, et la remise en cause des acquis initiaux sous sa présidence.La communauté internationale a globalement acté la réélection de M. Condé.