Guinée/présidentielle: des contestations retardent l'annonce des résultats

14 novembre 2010 à 17h30 par La rédaction

CONAKRY (AFP)

Une semaine après un vote "historique", les Guinéens attendaient toujours de connaître, dimanche, le nom de leur premier président démocratiquement élu: Alpha Condé, apparemment confiant, ou Cellou Dalein Diallo, dont le parti demandait une "correction" des résultats.

"Nous sommes à pied d'oeuvre pour qu'au plus tard lundi midi, le peuple puisse savoir le nom de celui qui présidera à la destinée du pays", a déclaré samedi soir le général Siaka Sangaré, officier malien choisi il y a trois semaines pour diriger la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Les écoles restaient fermées depuis dix jours à Conakry, après une campagne marquée par quelques affrontements politico-ethniques.Et, sur les radios privées, s'exprimait l'inquiétude de vivre, mardi, une "fête du mouton" (tabaski ou Aïd-el-Kebir) perturbée, si l'annonce des résultats devait provoquer des troubles, ici ou là.

Durant le week-end, la télévision nationale a diffusé toutes sortes d'appels à "éviter les violences, avant et après" l'annonce des résultats.

Après 52 ans de régimes dictatoriaux ou autoritaires, les Guinéens ont voté massivement, le 7 novembre, pour départager deux civils.

 Alpha Condé, 72 ans, d'ethnie malinké, s'est présenté comme le candidat du changement, lui qui s'était opposé à tous les régimes en place depuis l'indépendance de l'ex-colonie française.Condamné à mort sous le régime d'Ahmed Sékou Touré (1958-1984), il avait été emprisonné deux ans pendant le règne du général Lansana Conté (1984-2008).

Cellou Dalein Diallo, 58 ans, d'ethnie peule, s'est affiché plutôt comme "le président qui rassure".Il avait été pendant onze ans au gouvernement sous Conté, comme ministre puis Premier ministre, avant de prendre en 2007 la tête d'un grand parti d'opposition.

Soir après soir, la Commission électorale a pris l'habitude de publier des résultats partiels.Mais samedi, aucun nouveau résultat n'a été donné, l'institution ayant été occupée à traiter les "31 réclamations" présentées pour l'essentiel par le parti de M. Diallo.

"Nous avons consacré toute la journée à travailler sur les réclamations et à recevoir les délégations des deux candidats", a expliqué le général Sangaré.

Cellou Dalein Diallo demande "l'annulation pure et simple des votes des circonscriptions de Siguiri et Kouroussa" (Haute-Guinée, Est), deux fiefs d'Alpha Condé qu'il accuse d'avoir mené une campagne "basée sur l'incitation à la haine ethnique" ayant conduit à des violences contre les Peuls en Haute-Guinée en octobre.

"La campagne d'intimidation était si forte qu'on n'a pas trouvé de gens pour nous représenter" dans ces circonscriptions et il y a eu "bourrage d'urnes", affirme-t-il.

Au siège du camp adverse, c'est plutôt la confiance qui domine.Silencieux en attendant la proclamation, Alpha Condé laisse son porte-parole, François Lonsény Fall, répliquer: "L'acharnement du camp Cellou Dalein Diallo à vouloir faire annuler coûte que coûte le scrutin dans deux circonscriptions qui sont nos bastions ne constitue que le signe évident d'un émoi face à notre avancée".

"Les Peuls veulent se faire +victimiser+, c'est tout" et "nous refusons d'entrer dans cette logique ethnique", lance M. Fall, appelant à une publication rapide des résultats.

De son côté, le général Sangaré a glissé, samedi soir devant la presse, qu'il s'était "battu" pour que les deux camps signent, à la veille du scrutin, un protocole d'accord qui servirait de "référence".

Dimanche, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), une ONG basée à Dakar, a appelé les présidents sénégalais, Abdoulaye Wade, et malien, Amadou Toumani Touré, le médiateur burkinabè et le groupe de contact à organiser une rencontre Diallo/Condé pour prévenir un conflit post-électoral.