Le Nigeria menace les millions d'utilisateurs de portables de suspendre leur numéro

16 décembre 2020 à 14h32 par AFP

AFRICA RADIO

Les autorités nigérianes ont donné deux semaines aux millions d'utilisateurs de téléphone portable du pays le plus peuplé d'Afrique pour obtenir une carte d'identité, sous peine de voir leur carte SIM bloquée, déclenchant une vague de protestations.

La Commission nigériane des communications a déclaré que "tous les propriétaires de téléphones portables devront montrer un numéro d'identification national pour réactiver leur carte SIM", dans un communiqué publié mardi soir. Le pays compte 203 millions de cartes SIM actives.Le gouvernement nigérian souhaite en effet pouvoir recenser sa population et avoir des registres d'Etat civil mieux organisés dans un pays de 200 millions d'habitants, où des millions de personnes ne possèdent ni carte d'identité, ni certificat de naissance. Pour forcer les Nigérians à s'enregistrer, les autorités ont donc donné aux opérateurs téléphoniques jusqu'au 30 décembre pour demander à leurs clients de leur procurer ce numéro qui se trouve sur les cartes d'identité nationales, sous peine de suspendre leur numéro de téléphone. Cette mesure risque de causer des problèmes pour des millions de personnes mais aussi pour les entreprises opérant dans le pays. Aucune indication n'a été donnée non plus pour les personnes étrangères vivant au Nigeria, et ne pouvant se procurer de carte d'identité nationale. Cette nouvelle a provoqué mercredi une levée de boucliers notamment sur internet, des milliers de Nigérians rappelant que le processus pour obtenir un numéro d'identification est particulièrement lent et laborieux. "Deux semaines, c'est trop court. Le gouvernement dit que c'est avant tout pour lutter contre l'insécurité dans le pays, ce qui est effectivement le problème numéro 1, mais ils prennent le problème à l'envers", a commenté auprès de l'AFP Sola Oni, économiste pour la firme Sofunix Investment. Les principaux opérateurs de télécommunication au Nigeria sont MTN, Airtel, Etisalat ou Global Communications. En 2015, le sud-africain MTN a été accusé de ne pas avoir été assez vigilant sur la vérification de l'identité de 5,1 millions de ses abonnés. Le gouvernement, prétextant la lutte contre l'insurrection du groupe jihadiste Boko Haram, l'avait obligé à payer une amende de 3,9 milliards de dollars, qui fut finalement ramenée à 1,5 million de dollars après plusieurs années de négociations.