Les répercussions de la crise égyptienne

Par La rédaction

Pour [Jean-Noël Ferrié->http://www.africa1.com/spip.php?article7548], politologue spécialiste de l'Egypte, le précédent tunisien a « créé l'idée que c'était possible ». Possible qu'un peuple pousse son dictateur à la chute. Possible de trouver les ressources sociales, humaines pour créer le mouvement libérateur. Possible de surpasser les peurs, d'affronter les services de sécurité, d'amadouer l'armée. Possible de faire un pas vers une démocratie attendue de longue date. A cette heure-ci, ils sont des centaines de milliers, peut-être un million comme les panneaux l'annoncent, à défier le pouvoir du Raïs sur la Place Tahrir (libération en arabe).On ne peut pas savoir comment la situation va évoluer. Le régime va-t-il tenir ? Qui peut prendre le pouvoir ? Quels rôles vont jouer les militaires ? Comment l'opposition va-t-elle s'organiser ? Mais ce qui commence à transparaitre, c'est un changement profond pour la région, peut être pour le monde. Effondrement des dictatures La Tunisie a sonné le tocsin, envoyant un signal aux dictateurs de la région. Si l'Egypte devait suivre la même voie ce serait pour les autres régimes autoritaires « le pire des signes, celui que leurs jours sont comptés», explique Jean-Noël Ferrié. Ajoutant néanmoins que « c'est le cas de tous les régimes autoritaires ». Arabie Saoudite, Algérie, Libye, Syrie, ces pays où les ingrédients de la révolte sont les mêmes : police omniprésente, paupérisation, corruption et inégalités sociales endémiques, doivent trembler. Mais l'Histoire n'a ni cycle ni automaticité, l'avenir seul nous instruira. Néanmoins les peuples ont maintenant un phare, un exemple à suivre.Changement de paradigme au Moyen-Orient Jusqu'à présent Israël pouvait compter sur l'Egypte de Moubarak pour assurer sa frontière sud. Depuis la signature d'un traité de paix en 1979, l'Egypte était devenu le pivot de la résolution du conflit moyen orientale. L'Egypte de son côté avait récupéré le mont Sinaï et son armée était grassement subventionnée par les Etats-Unis (environ un milliard par an). Qu'adviendrait-il si le nouveau pouvoir égyptien optait pour une alliance avec les pays ouvertement hostiles à Israël ? Pour le journaliste Israélien [Jacques Benillouche->http://www.slate.fr/story/33499/israel-egypte-encerclement-guerre-six-jours] : « Le risque de devoir mener une guerre sur plusieurs fronts, au nord avec le Hezbollah et au sud avec le Hamas et l'Egypte ne serait pas stratégiquement acceptable par Israël ». Même si le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou, affirme que son « objectif est d'assurer la paix entre (Israël) et l'Egypte dans tous les cas de figure», il reste néanmoins soumis à la pression de son aile droite la plus dure qui pourrait souhaiter « comme en 1967, [�?�] une guerre préventive plutôt que d'attendre que la menace devienne trop grande ».Un dilemme que l'on retrouve à Washington où l'on veut, selon Jean-Noël Ferrié, « le beurre et l'argent du beurre : une transition sans heurts et un régime modéré qui soit favorable à l'Etat Hébreu. » Celui-ci ajoute que « c'est possible, mais uniquement si l'armée - c'est-à-dire le régime purgé des hommes d'affaire libéraux, pour le dire vite - reste au commande. »Or c'est l'avènement d'un gouvernement civil qui est prôné par les manifestants égyptiens. On conçoit dès lors la complexité de la situation.La fin de la répressionJohn Fitzgerald Kennedy disait qu' « à vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes ». L'armée semble aujourd'hui avoir fait sienne cette citation. Elle juge « légitime» les revendications du peuple et affirme ne plus vouloir tirer sur la foule. Mais cette déclaration intervient au moment même où le Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l'Homme déclare « disposer d'informations faisant état de 300 morts, 3.000 blessés et des centaines d'arrestations, dans les manifestations hostiles à Hosni Moubarak en �?gypte. » Les Etats-Major de plusieurs pays dont la France et les Etats-Unis ont vivement réagi en appelant à ce que "le sang s'arrête de couler". Pour le moment aucune violence n'est signalée en marge du rassemblement Place Tahrir.Par Matthieu JeanUtile : Google a mis en place des numéros internationaux (+ 16504194196, + 390662207294 et + 97316199855) accessibles depuis l'Egypte. Grâce à la technologie apportée par Saynow, firme récemment rachetée par le géant américain, il est possible de « tweeter » un message vocal, qui apparaît alors sur ce compte (http://twitter.com/speak2tweet).