Libye: combats dans l'ouest, le conflit semble s'enliser

28 avril 2011 à 15h05 par La rédaction

MISRATA (Libye) (AFP)

Les combats se sont concentrés jeudi autour de Misrata, Zenten et du poste-frontière de Dehiba, dans l'ouest de la Libye, près de trois mois après le début d'un conflit qui semble s'enliser malgré l'intervention militaire internationale.

Les forces loyales au colonel Mouammar Kadhafi ont repris dans l'après-midi le côté libyen du poste-frontière de Dehiba au terme d'affrontements violents qui ont eu lieu "des deux côtés de la frontière" avec la Tunisie, ont indiqué à l'AFP plusieurs témoins et une source militaire occidentale.

Ce poste-frontière avait été conquis le 21 avril par les insurgés.

Des militaires fidèles au colonel Kadhafi s'étaient alors réfugiés côté tunisien.Cette fois, selon un témoin, ce sont des insurgés qui sont passés côté tunisien et ont été poursuivis par des loyalistes armés "sur environ 1 km".

La première localité libyenne, Wezen, après le poste de Dehiba a également été reprise par les forces pro-Kadhafi.

Environ 5.000 Libyens ont passé la frontière à Dehiba en deux jours pour fuir les combats faisant rage dans l'Ouest libyen.

Dans la même région, au sud-est de Tripoli, des milliers d'insurgés défendant Zenten ont en revanche réussi à repousser les pro-Kadhafi, après une journée de combats et bombardements mercredi.Néanmoins, une dizaine de roquettes Grad ont été tirées sur la ville tôt jeudi, selon des témoins.

Aidés par les frappes de l'Otan, les insurgés ont également chassé ces derniers jours les pro-Kadhafi hors de Misrata (200 km à l'est de Tripoli) et réussi à en sécuriser le port.

Mais la ville restait encerclée par les pro-Kadhafi et les combats se poursuivaient dans la zone de l'aéroport, à l'ouest de la ville, où se trouvaient de nombreux pro-Kadhafi, selon la rébellion.

Alors que la seule voie de ravitaillement est la mer, un bateau chargé d'armes est arrivé au port, selon des sources rebelles.

Un nouveau bateau de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a par ailleurs débarqué dans la nuit nourriture et médicaments.Il est reparti vers Benghazi (est), fief de la rébellion, avec à son bord un millier de personnes, dont des centaines de réfugiés nigériens et un blogueur français grièvement blessé.

Selon le Croissant rouge, les violences à Misrata ont fait environ 1.500 morts, habitants et rebelles, en deux mois.

A Tripoli, régulièrement visée par les raids de l'Otan, cinq explosions ont retenti depuis l'aube, ont indiqué des témoins sans être en mesure de préciser les cibles visées.

Dans le sud-est du pays, les forces loyalistes ont par ailleurs pris le contrôle jeudi d'al-Koufra, selon la rébellion.

Avant ses entretiens à Bruxelles avec des responsables de l'Union européenne et l'Otan, le chef militaire des rebelles Abdel Fattah Younés a exhorté l'Occident à leur fournir des armes, affirmant que M. Kadhafi pourrait utiliser des "armes chimiques" contre les insurgés pour se maintenir au pouvoir.

"Kadhafi est désespéré maintenant.Malheureusement, il a toujours 25% de ses armes chimiques qu'il pourrait utiliser vu sa situation désespérée", a-t-il dit."Nous avons reçu des armes en petites quantités mais non pas les armes adéquates dont nous avons besoin", a-t-il ajouté en citant notamment les hélicoptères Apache et les missiles antichars.

Alors qu'aucune des deux parties en conflit ne semblaient prendre un avantage déterminant sur l'autre et sans signe d'un changement à la tête du régime dans l'immédiat, l'Otan a décidé d'installer un représentant de l'alliance à Benghazi (est) afin de nouer des contacts avec l'opposition.

Les Etats-Unis ont eux autorisé explicitement leurs ressortissants à acheter du pétrole aux rebelles qui exploitent les champs de l'un des principaux pays producteurs de pétrole d'Afrique.

Selon l'OIM, près de 626.000 personnes ont fui les violences en Libye, et l'organisation en a évacué plus de 5.500, pour la plupart des travailleurs étrangers coincés dans le pays.