Libye: le front à Misrata se déplace au port après un bombardement meurtrier

27 avril 2011 à 9h52 par La rédaction

MISRATA (Libye) (AFP)

  Le port libyen de Misrata, cible d'un bombardement meurtrier des forces du régime, est devenu le nouveau front dans cette ville rebelle, menaçant les centaines de migrants qui y sont réfugiés avec l'espoir de fuir le conflit.

Dans Misrata, présentée par les rebelles comme une ville "clé" dans leur avancée vers Tripoli, la capitale libyenne située à 200 km plus à l'ouest, le ministre britannique de la Défense Liam Fox a fait état "de progrès" de la rébellion.

Le régime contesté de Mouammar Kadhafi est "sur la défensive", a-t-il ajouté après avoir rencontré à Washington son homologue Robert Gates pour faire le point plus d'un mois après l'intervention militaire internationale en Libye le 19 mars pour faire cesser la répression sanglante de la révolte.

Après une attaque mardi aux roquettes contre le port de Misrata, la nuit a été calme et aucune explosion n'a été entendue dans cette troisième ville de Libye, selon un journaliste de l'AFP.

Mais la zone du port restait dangereuse et le sort de quelque 2.000 réfugiés africains qui y sont bloqués dans un camp de tentes dans l'espoir de pouvoir partir était inconnu, a indiqué un capitaine d'un bateau humanitaire.

 Au moins trois réfugiés ont été tués et une vingtaine blessés dans l'attaque aux roquettes sur le port, seul lien avec le monde extérieur pour cette grande ville côtière dont les forces pro-Kadhafi ont coupé tous les accès routiers.

Un bateau affrété par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), mouillant au large par mesure de précaution, devait récupérer des centaines de réfugiés pour les évacuer mais n'a pu procéder à leur embarquement.

La rue de Tripoli, théâtre d'affrontements de plus de six semaines, avait été jusqu'à lundi la ligne de front à Misrata, les rebelles ayant réussi à repousser les troupes du régime aux portes de la ville après de violents combats.

 Selon le Croissant rouge à Misrata, le conflit a fait environ 1.500 morts, habitants et rebelles, depuis le soulèvement de la ville le 19 février.Mais il n'était pas possible de confirmer ce bilan de source indépendante.

Mais malgré l'attaque sur le port, Jalal al-Gallal, un porte-parole du Conseil national de transition (CNT), l'organe des rebelles basés à Benghazi dans l'Est, s'est voulu confiant.

M. Kadhafi s'est lancé dans "une bataille perdue" parce que les rebelles sont plus nombreux, "mieux équipés, entraînés et organisés, et plus déterminés que jamais", a-t-il assuré.

Dans une déclaration publiée à Paris par l'écrivain français Bernard-Henri Lévy, soutien de la rébellion libyenne, les chefs ou représentants de 61 tribus libyennes y affirment leur volonté de construire "une Libye unie", "une fois le dictateur parti".

Les combats entre rebelles et pro-Kadhafi se cristallisent depuis plusieurs semaines autour de Misrata et de la région d'Al-Jabal Al-Gharbi, une zone montagneuse dans l'ouest du pays où la majorité de la population est d'origine berbère.

L'Otan, qui a pris le 31 mars les commandes de l'intervention militaire, a annoncé qu'elle envisageait d'envoyer un représentant à Benghazi (est) pour nouer des contacts politiques avec l'opposition.

Sur le plan financier, le président américain Barack Obama a ordonné formellement le déblocage d'une aide non militaire urgente de 25 millions de dollars destinée aux rebelles.Elle pourrait comprendre des véhicules, camions-citernes, ambulances, ainsi que des équipements médicaux, des gilets pare-balles, des jumelles et des radios.

Plusieurs pays de l'Otan intervenant en Libye discutent par ailleurs avec les Etats-Unis de l'éventuelle fourniture de munitions, dont les stocks s'amenuisent après un mois d'opérations militaires, selon le Pentagone.

Le régime autoritaire de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, a été contesté par une révolte née le 15 février, réprimée dans le sang, avant de se transformer en guerre civile provoquant l'intervention d'une coalition internationale le 19 mars sur mandat de l'ONU.

Le président du Venezuela, Hugo Chavez, a accusé l'Otan de vouloir tuer son "ami" Mouammar Kadhafi, après une frappe aérienne dimanche de l'Alliance qui a détruit le bureau du dirigeant libyen à Tripoli.

Pour l'ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, la chute du dirigeant libyen pourrait compliquer la lutte antiterroriste pour les Etats-Unis à court terme.Kadhafi et son ex-ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa qui a fait défection "étaient de bons partenaires dans la lutte antiterroriste", dit-il.

De son côté, le Premier ministre russe Vladimir Poutine a ironisé sur l'intervention militaire en Libye, se demandant s'il fallait ainsi bombarder tous "les régimes tordus" dans le monde."Kadhafi n'est plus là, il s'est barré depuis longtemps", a-t-il estimé.