Libye: les manifestants anti-régime menacés d'une riposte "foudroyante"

18 février 2011 à 14h04 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Les comités révolutionnaires, pilier du régime libyen, ont menacé vendredi les "groupuscules" manifestant contre Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 40 ans, d'une riposte "foudroyante", alors que la répression de la contestation a fait près de vingt morts depuis mardi.

Trois détenus ont été tués vendredi par les forces de l'ordre alors qu'ils tentaient de s'évader de la prison d'El-Jedaida, près de Tripoli, a indiqué à l'AFP une source des services de sécurité libyens.

"Des prisonniers ont tenté de s'évader de la prison d'El-Jedaida mais les gardiens sont intervenus et ont été obligés de tirer sur des détenus qui ont usé de violence", a déclaré cette source sous couvert de l'anonymat.

"La riposte du peuple et des forces révolutionnaires à toute aventure de la part de ces groupuscules sera violente et foudroyante", ont indiqué les comités révolutionnaires sur le site internet de leur journal Azzahf Al-Akhdar (la marche verte).

"Le pouvoir du peuple, la Jamahiriya (pouvoir des masses), la révolution et le leader (Mouammar Kadhafi) constituent des lignes rouges.Celui qui tentera de les dépasser ou de s'en approcher risque le suicide et joue avec le feu", ont-ils prévenu.

Ils ont accusé par ailleurs "la chaîne qatarie Al-Jazira et les vendus (...) d'aller contre le courant".

Grâce à Mouammar Kadhafi et à la révolution de 1969 qui l'a mené au pouvoir, des "réalisations gigantesques ont été réalisées dans le pays", ont ajouté les comités révolutionnaires."Il est le seul leader au monde qui a refusé d'être président, roi ou empereur, et a laissé au peuple le pouvoir total".

Le colonel Kadhafi n'est en théorie qu'un "guide" prodiguant ses conseils.

Son modèle permet théoriquement au peuple libyen de gouverner par l'intermédiaire de comités populaires élus par des congrès populaires qui se réunissent annuellement pour prendre les décisions qu'ils font "remonter" au Congrès du peuple (Parlement), la plus haute instance législative du pays.

Des manifestations sans précédent contre le régime libyen ont lieu depuis mardi, à l'image d'autres pays arabes et dans le sillage des révoltes qui ont fait chuter les présidents tunisien Zine El Abidine Ben Ali et égyptien Hosni Moubarak.

Les mouvements de protestations, dont celui de jeudi qui répondait à un appel sur internet à une "journée de la colère", ont été violemment réprimés notamment à Benghazi, la deuxième plus grande ville du pays et bastion de l'opposition, et Al-Baïda, toutes deux situés sur la côte, à l'est de Tripoli.

Quatorze personnes ont été tuées jeudi dans des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à Benghazi, a déclaré à l'AFP une source de l'hôpital local sous couvert de l'anonymat.  

Un précédent bilan faisait état de sept morts à Benghazi et deux à Al-Baïda.Le nouveau bilan porte à au moins 16 le nombre de morts depuis le début de la contestation mardi.

L'organisation Human Rights Watch (HRW) a fait elle état d'un total de 24 morts pour la journée de jeudi, parlant d'attaques sauvages des forces de sécurité".

"Selon de nombreux témoins, les forces de sécurité ont tiré et tué les manifestants pour disperser les protestations", dénonce HRW dans un communiqué.

Selon l'ONG, les pires violences ont eu lieu à Al-Baïda, à 1.200 km à l'est de Tripoli.

Jeudi, des centaines de manifestants "pacifiques" avaient défilé à Al-Baïda, Benghazi, Zenten, Derna et Ajdabiya, selon HRW.

Des protestations ont eu lieu également à Tobrouk, près de la frontière égyptienne.Des manifestants ont incendié un local des comités révolutionnaires et détruit un monument représentant le "livre vert", condensé de la pensée politique du Guide de la révolution et une sorte de Constitution instituant la "Jamahiriya" ou le pouvoir des masses.

A Benghazi, à 1.000 km à l'est de la capitale, de nombreux prisonniers se sont évadés vendredi matin de la prison d'al-Kuifiya suite à une mutinerie, a indiqué à l'AFP le chef de la rédaction du journal Quryna, Ramadhan Briki, basé à Benghazi.

Selon lui, les détenus ont incendié par la suite le bureau du procureur général, une banque et un poste de police dans la ville.

Le journal Quryna est proche de Seif Al-Islam, fils du numéro un libyen le colonel Mouammar Kadhafi.

A Tripoli, où les partisans du régime avaient manifesté jeudi en masse en faveur du colonel Kadhafi, les rues étaient presque vides vendredi matin.

Parallèlement, les médias officiels continuaient à occulter les protestations.Depuis mercredi, l'agence officielle libyenne et la télévision nationale se contentent d'évoquer des rassemblements et des défilés pro-régime.

Avec des concerts de klaxons et des feux d'artifice, le colonel Kadhafi a fait une brève apparition pour un bain de foule peu après minuit dans le centre de Tripoli, selon des images de la télévision nationale.