Somalie: le combat contre les islamistes shebab sera encore long

7 novembre 2013 à 12h16 par La rédaction


Mogadiscio (AFP)

Fort de récents succès militaires et alors que des renforts sont annoncés, la Force de l'Union africaine (Amisom) et les autorités somaliennes évoquent une défaite en vue des islamistes shebab, mais les analystes mettent en garde contre la mutation du mouvement.

Depuis qu'ils ont été chassés de Mogadiscio par l'Amisom en août 2011, les shebab, confrontés à la puissance de feu supérieure des troupes africaines et d'un contingent éthiopien, ont enchaîné défaite sur défaite et successivement abandonné leurs bastions du centre et du sud du pays.

"Les shebab n'ont plus qu'une seule jambe et nous allons faire de notre mieux pour couper cette jambe et libérer les (...) zones qu'ils contrôlent toujours", a assuré à l'AFP le ministre somalien de la Défense Abdihakim Haji Mohamud, estimant "leur capacité militaire (...) affaiblie" et leurs attaques "désespérées".

Mais les insurgés somaliens contrôlent toujours de larges zones rurales et l'Amisom ne progresse plus en raison d'effectifs insuffisants pour à la fois de contrôler les zones conquises et de continuer à gagner du terrain.

Selon des diplomates, le Conseil de sécurité est sur le point d'autoriser l'envoi de 4.000 hommes supplémentaires réclamés par l'Union africaine (UA) pour porter sa force à 22.000 hommes.

Avec l'arrivée attendue des renforts, les prochains mois devraient voir une intensification des offensives de l'Amisom contre les dernières positions fortes des shebab dans le sud somalien, notamment le port de Barawe (environ 200 km au sud-ouest de Mogadiscio) et Bardera, leur fief de la région de Gedo, deux localités d'environ 30.000 habitants chacune.

"Avec des troupes supplémentaires (...) et des +multiplicateurs de force+ tels que des hélicoptères et des véhicules blindés, nous devrions être en position de vaincre les shebab", assure le capitaine Deo Akiiki, un porte-parole de l'Amisom.

La prise de Barawe, connu pour être un centre d'entraînement de kamikazes des shebab, permettrait, selon l'Amisom, de couper l'approvisionnement par la côte des shebab et d'unifier les zones sous contrôle de la force africaines, de l'extrême Sud à Mogadiscio.

Débordés militairement par les troupes africaines, éthiopiennes - qui combattent au côté du semblant d'armée nationale somalienne et de diverses milices alliées - les shebab, liés à Al-Qaïda, ont modifié leurs tactiques abandonnant le combat conventionnel au profit d'attaques de guérilla de plus en plus sophistiquées.

Ils ont successivement attaqué, en avril et en juin, un tribunal de Mogadiscio puis le principal complexe - très protégé - de l'ONU dans la capitale somalienne, en utilisant à chaque fois une combinaison de véhicules-béliers piégés, de kamikazes et de fantassins ceints d'explosifs.

Ils ont aussi montré leur capacité à porter le fer hors des frontières somaliennes en menant une opération spectaculaire contre le centre commercial Westgate à Nairobi mi-septembre.

L'attaque, menée par un commando islamiste d'à peine quatre hommes, qui a ouvert le feu de façon indiscriminée sur clients et commerçants avant de se retrancher et de résister durant plus de deux jours, a fait au moins 67 morts et une vingtaine de disparus.

Selon un récent rapport du Groupe de contrôle de l'ONU sur la Somalie, les shebab ont constitué un puissant service de renseignement, l'Amnyat, sous le strict commandant du chef suprême des shebab, Ahmed Abdi Godane, dont la tête est mise à prix 7 millions de dollars par Washington.

"Même si les efforts internationaux pour démanteler les forces combattantes du groupe réussissaient, les chances que les cellules sous la direction de Godane continuent à opérer est grand", estime Andrews Atta-Asamoah, chercheur de l'Institut pour les Etudes de sécurité, basé en Afrique du Sud.

"Les opérations militaires en cours contre le groupe pourraient être de longue haleine", estime-t-il.

Dans de nombreuses zones tampons, les shebab patrouillent la nuit des terrains aux mains de l'Amisom le jour.

"Les renforts de l'Amisom - surtout si les capacités aériennes sont améliorées, notamment avec des hélicoptères d'attaque - va permettre à la force de prendre des localités supplémentaires", estime un expert en sécurité travaillant en Somalie.

"Mais plus elle conquiert de territoire, plus les voies de ravitaillement sont étirées" alors que "les shebab continuent de contrôler les zones rurales au milieu", souligne-t-il, ajoutant que si "prendre des territoires aux shebab et viser les chefs est crucial, cela n'empêchera pas le noyau dur des shebab de continuer les attaques terroristes".

Plusieurs observateurs notent en outre que l'option militaire ne peut occulter de nécessaires négociations.

"Les éléments radicaux au sein du commandement shebab peuvent être enrayés via la solution militaire actuelle", estime M. Atta-Asamoah, mais ce qui "manque réellement à la recherche d'une solution et la question de l'ouverture du dialogue" avec les shebab.