Soudan du Sud : des milliers de villageois fuient une vendetta interethnique

Par La rédaction

NAIROBI (AFP) - (AFP)

Des milliers de villageois ont fui lundi au Soudan du Sud dans l'attente d'une intervention des forces gouvernementales et onusiennes pour stopper les représailles d'une tribu rivale qui aurait fait des dizaines de morts ce week-end pour une histoire de vol de bétail.

Quelque 6.000 jeunes hommes armés de la tribu des Lou Nuer ont marché ces derniers jours sur la localité reculée de Pibor, dans l'immence province orientale de Jonglei, peuplé de Murle.

Accusant les Murle d'avoir dérobé leur bétail, les Lou Nuer ont brûlé des huttes en bordure de village et pillé un hôpital de Médecins sans frontières (MSF).

Le révérend Mark Akec Cien, secrétaire général du Conseil des églises du Soudan, a évoqué de nombreux morts et blessés dans l'affrontement.

"La situation est mauvaise, il y a de lourdes pertes et les Murle ont fui la ville," a-t-il affirmé, s'exprimant depuis la capitale sud-soudanaise Juba."Les Lou Nuer sont là, en ville, et d'autres ont poursuivi les Murle."

Selon le révérend, plus de 30 personnes sont mortes à Lukangol, à une trentaine de kilomètres au nord de Pibor.

"Il y a des blessés aussi, certains disent 80, mais cela n'inclut pas les Lou Nuer, parce qu'ils ne parlent pas des pertes qu'ils ont essuyées dans les combats," a-t-il ajouté.

Le ministre sud-soudanais de l'information, Barnaba Marial Benjamin, a cependant minimisé les pertes humaines, estimant qu'elles étaient probablement moins élevées qu'initialement craint.

"Les Murle ont quitté leur village avant l'arrivée des Lou Nuer, donc même si certaines structures ont pris feu, il n'y a pas eu tellement de morts," a-t-il déclaré à l'AFP, estimant que les forces gouvernementales et onusiennes contrôlaient désormais "pleinement Pibor".

"Je ne peux pas vous donner un nombre exact, mais (...) toute la communauté Murle a fui (...) pour des raisons de sécurité," a renchéri le responsable média du chef du conté de Pibor, Kiringen Yoman Konyi, à la station Sudan Radio Service.

Renforts onusiens

Les violences interethniques, les attaques de campements pour voler le bétail et les mouvements de représailles ont fait plus de 1.100 morts dans l'Etat de Jonglei et forcé quelque 63.000 personnes à quitter leurs maisons l'an dernier, selon un rapport des Nations unies.

Craignant que les dernières violences ne débouchent sur "une tragédie", Juba et la force de maintien de la paix de l'ONU au Soudan du Sud ont envoyé des renforts dans la région : 3.000 soldats et 800 policiers selon Lise Grande, coordinatrice de l'action humanitaire de l'ONU dans le pays.

"Nous positionnons un important nombre de militaires et de policiers dans la région (...) pour arrêter ce qui est en train de se passer," a également déclaré le président sud-soudanais, Salva Kiir, sur les ondes de Sudan Radio Service.

Le 26 décembre, un groupe se faisant appeler l'Armée blanche de la jeunesse Nuer avait, dans un communiqué, promis "d'éradiquer totalement la tribu Murle (...), seule façon d'assurer la sécurité à long terme du bétail Nuer".

Le groupe accuse les Murle d'attaquer leurs troupeaux et de tuer les Nuer depuis 2005, année de la signature d'un accord de paix qui a mis fin à deux décennies de guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan.L'accord a débouché sur l'indépendance du Soudan du Sud l'été dernier.

De nombreuses ethnies imputent aux Murle l'enlèvement d'enfants des communautés voisines, pour ensuite utiliser les jeunes garçons comme gardiens de troupeaux et les filles pour le nombre de vaches qu'elles rapportent lors de leur mariage.

A Jonglei comme dans les autres Etats du pays, les rivalités interethniques et les attaques de troupeaux de vaches sont, avec les mouvements de rébellion persistants, l'un des principaux défis auxquels le jeune Soudan du Sud doit faire face.