Tigré: les musulmans éthiopiens choqués par la destruction d'une mosquée multiséculaire

Par AFP

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L'organe représentatif des musulmans d'Ethiopie a condamné mercredi la destruction partielle d'une des plus vieilles mosquées d'Afrique, endommagée et pillée pendant le conflit en cours depuis plus de deux mois dans la région septentrionale du Tigré.

Les responsables de l'attaque contre la mosquée Al-Nejashi "doivent être rapidement traduits devant la justice par le gouvernement", a déclaré le secrétaire du Conseil suprême des affaires islamiques en Ethiopie, Qassim Mohammed Tajuddin, en lançant un appel à témoins.Le gouvernement du Premier ministre éthiopien Abyi Ahmed, qui a lancé une opération militaire contre la région dissidente du Tigré début novembre, s'est engagé cette semaine à restaurer cette mosquée multiséculaire et son cimetière, situés dans la ville de Wukro.Construite au VIIe siècle, la mosquée est considérée comme un des plus vieux lieux de sépulture musulmans. Selon les croyants, elle abrite le tombeau de plusieurs disciples du prophète Mahomet. Lieu de pèlerinage, elle avait récemment été rénovée par la Turquie. Son minaret et sa principale salle de prière ont notamment été sévèrement endommagés par des tirs d'obus. Plusieurs de ses objets liturgiques ont également été volés, selon le Conseil, qui représente les musulmans d'Ethiopie, soit environ 33% de la population de ce pays de 110 millions d'habitants.Plusieurs responsables tigréens actuellement en fuite ont accusé les forces fédérales éthiopiennes et l'armée érythréenne d'avoir visé la mosquée et volé des manuscrits.Des responsables de la mosquée ont eux expliqué à la presse éthiopienne que les soldats du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF) avaient creusé des tranchées près de l'édifice. Ce parti, qui dirigeait la région du Tigré après avoir détenu les leviers de pouvoir durant près de 30 ans à Addis Abeba, a été progressivement marginalisé par M. Abyi depuis son arrivée au pouvoir en 2018.Après des mois de défiance mutuelle, le Premier ministre et prix Nobel de la paix 2019 a lancé le 4 novembre une opération militaire pour déloger les dirigeants "illégitimes" du Tigré et y installer une nouvelle administration. L'opération est officiellement terminée depuis fin novembre, mais les anciens dirigeants sont toujours en fuite et le Tigré reste très difficile d'accès pour les Nations unies, les journalistes et les organisations humanitaires.Aucun bilan précis du conflit au Tigré n'est disponible, mais les combats ont poussé plus de 50.000 personnes à trouver refuge au Soudan voisin et en ont déplacé plus de 63.000 à l'intérieur de la région, selon l'ONU.