Soudan : La démission du Premier ministre confirme « son échec »  - Mohamed Naji

Par Lilianne Nyatcha / Africa Radio Paris

MNaji

Le Premier ministre civil soudanais, Abdallah Hamdok, a annoncé il y a quelques jours, sa démission, après une nouvelle journée de manifestation durant laquelle deux personnes ont été tuées. Il était revenu au pouvoir il y a moins de deux mois, dans le cadre d'un accord politique conclu avec les militaires. Pour Mohamed Naji, Rédacteur en chef de Soudan Tribune, cette nouvelle démission du diplomate confirme son échec.

Selon vous, que révèle cette démission du premier ministre Abdallah Hamdok dans un contexte de crise politique au soudan depuis quelques mois ?

A vrai dire par sa démission, il confirme son échec de faire respecter les engagements ou les accords qu'il a signé avec le général Abdel Fattah al-Burhane. Parce que lui à l'époque s’était engagé à mettre fin au bain de sang or les forces de sécurité continuent à tuer les manifestants. 

Déjà 15 manifestants ont été tués après la reprise de ses fonctions, ce qui donne aujourd’hui au total 57 personnes tuées. Aussi, il s'était engagé à former un cabinet de technocrates, chose qu’il n'a pas du tout réussi à faire. La 3ème chose, c’est qu’il voulait convaincre les bailleurs de fonds et la communauté internationale à continuer les plans d’aides économiques qui étaient en place et qui ont malheureusement été arrêtés tout de suite après le coup d'Etat du 25 octobre. 

Il a déclaré aussi que c’était pour la survie du Soudan qui selon lui est menacé…

Hamdok était quelqu'un qui hésitait beaucoup avant de prendre toute décision et il était tout le temps là en train de réfléchir. 

Est-ce que cela n’était pas dû au fait qu’il était entre le marteau et l’enclume ?

Oui quand même. Parce que lui a été nommé par les forces civiles de la révolution. Ce sont eux qui l’ont choisi dans cette position. Alors si moi je suis le représentant de ces gens-là, je ne vais pas aller les trahir, mais je ne vais pas aller non plus signer un accord qui accepte d'évincer les forces politiques de la transition.

N’est-ce pas finalement la forte mobilisation des soudanais qui a eu raison de Abdallah Hamdok ?

En fait, Abdallah Hamdok depuis un certain temps n'est plus la première cible, même s’il a été accusé de trahison, de jouer à la marionnette pour avoir « caché » des militaires. Maintenant la rue (les manifestants) vise avant toute chose les militaires. 

Est-ce que son départ ne fragilise pas le pouvoir du général Abdel Fattah al-Burhane?

Mais bien sûr que si ! le départ du premier ministre met le général Abdel Fattah al-Burhane face à ses responsabilités. A chaque fois qu’il prend l’initiative d’une action, il doit l'assumer entièrement et payer aussi la note.

Quel est selon vous, l'avenir de la transition démocratique en panne depuis justement le coup d'état militaire de fin octobre ? Et quelles solutions possibles peut-on envisager aujourd'hui pour sortir de la crise politique au soudan ?

La solution est toute simple. C’est que les militaires acceptent la mise en offre de roadmap, la route de plan qui a été soumis depuis le 17 août 2019. C'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de réformes qui doivent être mis en place. Des reformes très simples en réalité mais que les militaires se sont toujours refusés à faire dès qu’ils ont pris le pouvoir.

Ce sont des reformes qui consistent à faire en sorte que la transition démocratique passe une reformation de l'armée. Ce qu’on appelle la réforme sécuritaire.

Décryptage M Naji