Guinée: heurts entre partisans de l'ex-Premier ministre et forces de sécurité

AFRICA RADIO

28 février 2022 à 18h36 par AFP

Des heurts ont opposé, lundi à Conakry, forces de sécurité et partisans de l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, à qui les militaires au pouvoir ont ordonné, ainsi qu'à une autre figure politique, de quitter leurs maisons, a constaté un correspondant de l'AFP.

Ce sont les premiers incidents du genre depuis que des militaires sous le commandement du colonel Mamady Doumbouya ont renversé le président Alpha Condé le 5 septembre 2021. Des centaines de jeunes partisans de M. Diallo ont lancé des pierres contre les forces de l'ordre à Ratoma, l'une des communes constituant la capitale guinéenne, où se trouve le siège de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le parti de M. Diallo. Les policiers ont répondu par des jets de gaz lacrymogène, tandis que la circulation était limitée sur l'axe principal du quartier. Cette commune de Conakry a été, à partir d'octobre 2019 et pendant des mois, le théâtre d'une contestation violente menée par des supporteurs de l'UFDG contre la présidence Condé. Cette fois, l'élément déclencheur des troubles a été la décision des nouvelles autorités enjoignant, le 15 février, à M. Diallo de quitter au plus tard ce lundi son domicile de Dixinn, un quartier de la capitale. Une décision similaire vise l'autre grande personnalité politique guinéenne en dehors du pouvoir, Sidya Touré, autre ancien chef de gouvernement. L'administration affirme que ces biens appartiennent au domaine public. M. Diallo affirme que son domicile est un bien privé qui lui a été vendu par l'Etat en 2005. Il a toutefois quitté les lieux lundi, a constaté un journaliste de l'AFP. Sidya Touré a fait de même, a rapporté la presse guinéenne. Des vidéos sur les réseaux sociaux montrent des gendarmes casqués et armés se rendant chez lui pour constater qu'il s'était plié à l'injonction. Plus tôt, un tribunal de la banlieue de Conakry s'était déclaré incompétent pour statuer sur des recours introduits par MM. Diallo et Touré, suivant ainsi la demande des représentants de l'Etat. M. Diallo dénonce un "acharnement" le visant, ainsi que son parti. "Je ne suis pas un homme violent. J'ai toujours prôné la paix", a-t-il déclaré lundi à la presse à Conakry au sujet des manifestations. A un journaliste lui demandant s'il appelait les manifestants à regagner leurs domiciles, il a répondu: "oui", assurant qu'il avait "opté pour la justice". Mais "tous les Guinéens de bonne foi, tous ceux qui sont sensibles à l'injustice m'ont apporté leur soutien" et l'objectif des autorités de s'en prendre à lui "pour détruire, pour abimer mon honneur et ma réputation (...) a été un échec", a-t-il souligné. Une enquête vise parallèlement M. Diallo pour "corruption et enrichissement illicite" lors de la vente, en 2002, de deux avions et autres biens de la compagnie aérienne nationale Air Guinée, en faillite. M. Diallo, qui était alors ministre des Transports, réfute ces accusations. Les militaires ont fait de la lutte contre la corruption réputée endémique l'un de leurs grands combats. Le colonel Doumbouya, chef de la junte qui s'est fait investir président, a assuré qu'il n'y aurait pas de "chasse aux sorcières" mais que la justice serait la "boussole" du pays. La junte a cependant procédé à l'éviction de nombreux cadres des services de l'Etat.