HRW accuse Etats-Unis et Cameroun d'avoir violé les droits de demandeurs d'asile

AFRICA RADIO

10 février 2022 à 18h21 par AFP

Le Cameroun a commis de "graves violations des droits humains" sur des dizaines de ses ressortissants expulsés des Etats-Unis qui ont, eux, "violé" le droit des réfugiés en renvoyant ces demandeurs d'asile dans leur pays, a accusé jeudi Human Rights Watch (HRW).

La quasi-totalité de ces ressortissants sont issus de la minorité anglophone de l'ouest du Cameroun en proie à un sanglant conflit depuis 5 ans entre groupes armés séparatistes et forces de sécurité, l'ONU et les ONG internationales accusant régulièrement les deux camps de crimes et d'atrocités contre les civils. "Quelque 80 à 90 Camerounais expulsés des Etats-Unis sur deux vols en octobre et novembre 2020, et d'autres expulsés en 2021 et 2019" ont été victimes à leur retour au Cameroun notamment "d'arrestations et de détentions arbitraires; de disparitions forcées; de torture, viol et autres violences; d'extorsion; de poursuites injustes", a détaillé l'organisation de défense des droits humains HRW dans un rapport de 174 pages. "Beaucoup ont également déclaré avoir subi une force excessive, une négligence médicale et d'autres mauvais traitements lors de leur détention par les Services d'immigration et de douane (Immigration and Customs Enforcement, ICE) aux Etats-Unis", écrit HRW. "En renvoyant des Camerounais confrontés à la persécution, à la torture et d'autres préjudices graves, les Etats-Unis ont violé le principe de non-refoulement, une pierre angulaire du droit international des réfugiés et des droits humains", estime aussi HRW. Les expulsions de 2019 et 2020 ont été faites "sous l'administration Trump, qui s'est caractérisée par des politiques d'immigration dures, un accès restreint à l'asile", mais "l'administration Biden", qui "a pris la décision positive d'annuler un vol d'expulsion de février 2021", a cependant "expulsé plusieurs Camerounais en octobre 2021 (...) en dépit de conditions rendant le retour dangereux", écrit HRW. Contacté par l'AFP, le gouvernement camerounais n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat. A Washington, un porte-parole de l'ICE a assuré à l'AFP que ce service "peut avoir à recourir à des moyens de rétention mais seulement de manière sûre et sécurisée conforme à une formation appropriée approuvée par l'ICE". A l'appui de son rapport, HRW dit s'être entretenue notamment avec "41 Camerounais expulsés" et 54 autres personnes dans les deux pays, et avoir consulté des vidéos, photos et rapports médicaux documentant les violences. Washington et Yaoundé "devraient remédier à ces abus et les autorités américaines devraient offrir aux Camerounais expulsés à tort la possibilité de revenir et de présenter une nouvelle demande d'asile", conclut HRW. Depuis cinq ans, après la répression de manifestations pacifiques accusant Yaoundé d'ostracisme à l'égard des anglophones, le conflit dans l'ouest a fait plus de 6.000 morts et contraint environ un million de personnes à se déplacer, selon l'ONG International Crisis Group (ICG).