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Jour d'élection au Nigeria: l'immense espoir du "changement"

Des confins poussiéreux du Sahel aux rives humides du delta du Niger, des millions de Nigérians éreintés par la situation économique catastrophique du pays et l'insécurité généralisée élisent samedi leur nouveau président, et ils sont nombreux à réclamer une seule et même chose: "le changement".

AFRICA RADIO

25 février 2023 à 15h06 par AFP

Lagos (AFP)

"Je suis venue exercer mon droit de vote.Nous avons assez souffert dans ce pays", clame Joséphine Patrick, créatrice de mode de 31 ans, dans un bureau de vote d'Agege, quartier très pauvre de Lagos."J'espère que cette élection apportera le changement que nous voulons".

Le pasteur John Fashugba, 76 ans, participe à toutes les élections depuis 40 ans mais il considère celle-ci comme "la plus importante" que le pays ait connue."Le Nigeria est un grand bordel.Nous avons besoin de dirigeants compétents dans ce contexte", assure-t-il.

Plus de 87 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans le pays le plus peuplé d'Afrique, qui traverse une crise profonde et multiforme. 

Immense pauvreté, violences criminelles et jihadistes, agitations séparatistes, inflation galopante, pénuries d'essence et de billets...La liste des défis à surmonter semble interminable et le bilan du président sortant, Muhammadu Buhari, est décrié de toutes parts.

Mais pour l'heure, il est difficile de dire à qui va profiter ce désir de changement, dans une course que tous les analystes décrivent comme extrêmement serrée entre les trois favoris. 

Bola Tinubu, le candidat du parti au pouvoir (APC), considéré comme l'un des hommes les plus riches et les plus influents du pays, aura du mal à incarner la rupture mais il assure être le seul à pouvoir redresser le Nigeria. 

"Il a l'expérience, il a fait beaucoup de choses comme gouverneur de Lagos, il va créer des emplois et développer nos infrastructures", veut croire Tairu Aramide, une cuisinière de 57 ans qui a dormi dans la rue pour pouvoir être l'une des premières à glisser son bulletin dans l'urne.

Idem pour l'ancien vice-président Atiku Abubakar, du principal parti d'opposition (PDP), qui en est à sa sixième tentative présidentielle.Lui mise notamment sur le nord densément peuplé d'où il est originaire pour s'imposer.

- Retards et parties de foot -

Face à ces dinosaures, une partie de la jeunesse nigériane, qui représente la majorité des électeurs, a plébiscité durant la campagne l'outsider du sud-est, Peter Obi, devenu au fil des mois un sérieux challenger dans un pays très polarisé entre les deux principales formations politiques.

Nengi Briggs, une boulangère de 28 ans enceinte, ne cache pas son enthousiasme: "je suis très heureuse que la jeunesse sorte voter.J'aime Obi parce qu'il est différent des autres, ni vieux ni malade"."Obi est un symbole d'espoir pour nous", renchérit son mari Osaki qui l'accompagne voter à Port Harcourt (sud-est), la ville pétrolière au ciel constamment voilé de pollution.

Dans son fief d'Anambra, la ferveur des "Obidient" comme se sont surnommés ses partisans, est aussi palpable."Je n'ai pas peur, je vote pour Peter Obi, +l'homme avare (comme le surnomment ses rivaux, ndlr)+", dit Chukwuma Ogoadimma, 48 ans, chauffeur de taxi-moto."Dans ce pays, les politiciens sont trop corrompus.Tout le monde souffre: pas de cash, pas de réseau, les gens pleurent".

Le démarrage du vote a pris beaucoup de retard à certains endroits parce que les agents de la commission électorale (Inec) tardaient à arriver, tout comme le matériel électronique censé permettre la tenue d'un scrutin crédible et transparent.

A Kano, grande ville du nord noyée à cette période sous la poussière de l'harmattan, le vent du désert, une foule massive s'impatientait dans une cour d'école où personne n'avait encore pu voter aux alentours de midi. 

Ce qui donnait lieu à quelques bousculades et des cris de colère, les bureaux étant censés fermer à 14H30.Des scènes similaires avaient lieu à Lagos (sud-ouest), Rivers (sud-est) ou encore Katsina (nord), où l'identification biométrique ne fonctionnait pas toujours.

Un peu partout, la peur de violences, d'attaques et d'intimidations ne semblait pas se concrétiser, malgré quelques incidents localisés attribués à des voyous à la solde de certains politiciens.

A Lagos, temple de la débrouillardise, le mot "résignation" ne fait pas partie du vocabulaire, et les électeurs ne se décourageaient pas.

Malgré quelques tensions dues à ces cafouillages, le scrutin se déroulait dans une ambiance presque joyeuse, entre parties de foot sur les routes désertes et rassemblements entre copains.

A peine sorti d'un isoloir en plein air, Olujadi Bolaji, 48 ans, brandissait fièrement son doigt teinté d'encre: "Je veux le meilleur pour mon pays!".