Côte d'Ivoire: l'ancien préfet d'Abidjan craint des violences lors des législatives

17 décembre 2020 à 18h26 par AFP

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L'ex-préfet d'Abidjan Vincent Toh Bi, désormais à la tête d'une "plateforme citoyenne" baptisée "Aube Nouvelle" et qui a sillonné les zones où se sont produites les violences autour de la présidentielle d'octobre, met en garde contre de nouvelles violences lors des législatives du premier trimestre 2021.

"Il faudra s'attendre à ce que les prochaines élections législatives soient encore l'occasion de violences. Les débats qui ont prévalu pendant la présidentielle referont surface", souligne-t-il dans un rapport présenté jeudi après s'être rendu dans les "points chauds" du pays pendant la crise électorale. L'opposition, qui avait boycotté le scrutin, avait aussi appelé à la désobéissance civile. Des manifestations ont régulièrement dégénéré en violences inter-communautaires entre d'un côté l'ethnie dioula du Nord favorable au président Alassane Ouattara et de l'autre des ethnies locales considérées comme pro-opposition.Le préfet a énuméré les thèmes pouvant ressurgir: "interprétation de la Constitution, (im)partialité du Conseil Constitutionnel et de la Commission électorale, légitimité de certaines institutions, révision de lois, liberté d'expression, libération de détenus, liberté de manifestation".Elu en 2010, réélu en 2015, M. Ouattara a été élu le 31 octobre pour un troisième mandat controversé dès le premier tour avec 94,27% des voix, au terme d'un scrutin boycotté par l'opposition qui estime ce troisième mandat inconstitutionnel, 10 ans après la crise post-éléectorale de 2010-2011 qui a fait 3.000 morts. Les violences ont cessé après une rencontre le 11 novembre entre le président Ouattara et le chef de l'opposition, l'ancien président Henri Konan Bédié, mais l'opposition continue à contester le résultat du scrutin.Des négociations sont en cours entre le pouvoir et l'opposition, dont certains membres comme son porte-parole Pascal Affi N'Guessan sont incarcérés pour avoir voulu créer un "conseil national de transition". La présidence a annoncé mardi la création d'un ministère de la réconciliation nationale. "Les conflits intercommunautaires provoquent toujours d'autres conflits intercommunautaires d'ampleurs plus ou moins grandes. Avec les violences, les frustrations, les appels à la vengeance, le développement de l'hostilité intercommunautaire dans certaines zones, il est fort à craindre que d'autres faits politiques ou sociaux soient des arguments pour des nouvelles éruptions de conflits", souligne M. Toh Bi.Le rapport se dit "incapable" de chiffrer le bilan humain (85 morts, 500 blessés, selon le bilan officiel) mais il a dressé un bilan matériel. Au moins "296 maisons incendiées, 84 commerces pillés: c'est le "bilan" dans les 23 communes visitées.L'ancien préfet estime qu'il faut "repenser +le contrat communautaire+" arguant que "les codes et habitudes du voisinage actif ont été rompus".