Côte d'Ivoire: la CPI va juger Laurent Gbagbo pour crimes contre l'humanité

12 juin 2014 à 17h53 par La rédaction


La Haye (AFP)

La Cour pénale internationale a décidé jeudi, après avoir douté de la solidité du dossier contre Laurent Gbagbo, de juger l'ex-président ivoirien pour crimes contre l'humanité.

"La chambre préliminaire de la CPI a confirmé, à la majorité, quatre charges de crimes contre l'humanité (...) à l'encontre de Laurent Gbagbo et l'a renvoyé en procès devant une chambre de première instance", a indiqué la CPI dans un communiqué.

Premier ex-chef d'Etat poursuivi par la CPI, Laurent Gbagbo, 69 ans, est accusé d'avoir fomenté une campagne de violences dans le but de conserver, en vain, le pouvoir à l'issue de la présidentielle de novembre 2010.

Il assure avoir été évincé du pouvoir en faveur de son rival Alassane Ouattara à la suite d'un complot mis sur pied par la France, ancienne puissance coloniale en Côte d'Ivoire.

Plus de 3.000 personnes ont été tuées dans les violences qui ont déchiré le pays en 2010 et 2011.

"Conjointement avec les membres de son entourage immédiat", Laurent Gbagbo aurait "ordonné, sollicité, encouragé ou contribué de toute autre manière" à l'accomplissement de quatre crimes contre l'humanité, à savoir meurtres, viols, actes inhumains et persécutions.

Arrêté en avril 2011 par les forces pro-Ouattara appuyées par la France et l'ONU, Laurent Gbagbo avait été transféré à La Haye en novembre 2011.

Selon l'accusation, il a voulu "rester au pouvoir par tous les moyens (...) par des attaques meurtrières soigneusement planifiées", ce que l'intéressé nie catégoriquement.

Sa responsabilité est engagée pour quatre évènements particuliers : la répression d'une marche de pro-Ouattara se rendant au siège de la Radiotélévision ivoirienne en décembre 2010, la répression d'une manifestation de femmes à Abobo et le bombardement au mortier d'un secteur densément peuplé d'Abobo en mars 2011, et des représailles menées par des proGbagbo à Yopougon en avril 2011.

"Les victimes en Côte d'Ivoire sont un peu plus proches de la vérité quant au rôle de Gbagbo dans les crimes commis contre eux", a déclaré Param-Preet Singh, de l'ONG Human Rights Watch, cité dans un communiqué.

"La décision des juges de la CPI devrait rappeler aux hauts responsables qui semblent intouchables que la justice pourrait un jour les rattraper", selon la même source.

- "Justice des vainqueurs" -

Très attendue en Côté d'Ivoire, la décision de la CPI met fin à plus d'un an de procédures préliminaires destinées à déterminer si Laurent Gbagbo devait être jugé, ou non.

Les juges avaient entendu en février 2013 les arguments des parties quant à la solidité du dossier du procureur en vue d'un procès.

Insuffisamment convaincus par le procureur, les juges lui avaient demandé des informations ou éléments de preuve supplémentaires avant de décider si un procès devait être mené contre M. Gbagbo.

Après avoir examiné plus de 22.000 pages de preuves et les déclarations de 108 témoins, notamment, les juges ont finalement décidé de renvoyer M. Gbagbo devant une chambre de première instance.

La CPI détient également Charles Blé Goudé, qui fut un homme-clé du régime Gbagbo à la tête du mouvement des "Jeunes patriotes".Lui aussi est soupçonné de crimes contre l'humanité, comme l'ancienne Première dame Simone Gbagbo, que le régime ivoirien a refusé de livrer à La Haye.

La CPI comme la justice ivoirienne ont jusqu'à présent inquiété seulement des figures du camp Gbagbo alors que parmi les soutiens du président Ouattara, des ex-chefs de guerre sont également accusés de graves crimes durant la dernière crise.

Les partisans de M. Gbagbo et des organisations de la société civile dénoncent sans relâche une "justice des vainqueurs".

Laurent Gbagbo compte toujours de nombreux partisans en Côte d'Ivoire et son parti, le Front populaire ivoirien, est une force politique de poids dans un pays en quête de réconciliation après une décennie de crise.