En Centrafrique, situation toujours volatile à trois jours des législatives

Par AFP

AFRICA RADIO

A l'approche du second tour des législatives dimanche, la Centrafrique retient à nouveau son souffle.Pour le 1er tour et la présidentielle fin décembre, un électeur sur trois seulement a pu voter dans ce pays en guerre civile depuis huit ans.

Chef de l'Etat sortant, Faustin Archange Touadéra a été réélu avec 53,1% du peu de suffrages exprimés et la légalité comme la légitimité de ce résultat sont toujours contestées.

Ce scrutin perturbé, ainsi qu'une offensive rebelle lancée quelques jours avant, ont paradoxalement permis au régime Touadéra de se renforcer, en reprenant du terrain aux groupes armés qui occupaient alors plus des deux tiers du pays depuis le début d'une sanglante guerre civile en 2013.

Celle-ci perdure malgré la présence de 12.500 Casques bleus de l'ONU, mais elle est de bien plus faible intensité.  

Toutefois, ces rebelles ont été repoussés grâce à l'engagement dans les combats de centaines de paramilitaires russes et de soldats rwandais, envoyés par Moscou et Kigali à la rescousse d'une armée peu formée et mal équipée.Personne ne peut dire combien de temps ils resteront dans le pays.

Quelle est la situation politico-militaire de ce vaste pays d'Afrique centrale et deuxième Etat le moins développé du monde selon l'ONU, à trois jours du scrutin? 

- Quelle est la situation militaire?

Dans les premiers jours de son offensive mi-décembre, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), réunissant les plus puissants des groupes armés se disputant les ressources du pays, s'était emparée de la majorité des villes du nord-ouest et avait progressé jusqu'à une centaine de kilomètres de la capitale.

Depuis une attaque sur Bangui repoussée le 12 janvier, les rebelles sont en net repli.Une contre-offensive a permis aux forces progouvernementales de reprendre la plupart des villes. 

Mais les groupes armés, repliés dans les campagnes et le long des grands axes routiers, restent une menace sérieuse.

Or, "le véritable enjeu, c'est le contrôle des campagnes", estime Roland Marchal, chercheur au Centre de Recherches internationales de Sciences Po à Paris.

"Et personne n'a les capacités ou la volonté de mener des opérations soutenues dans les zones rurales.Les Russes et les Rwandais ne sont pas assez nombreux, ils libèrent des centres-villes, la plupart du temps sans combat, mais cela n'affaiblit pas fondamentalement les groupes armés", estime l'expert. 

"Nous travaillons à ce que la victoire soit pérenne", promet le porte-parole du gouvernement Ange-Maxime Kazagui qui annonce la création de deux bataillons supplémentaires au sein de l'armée pour sécuriser les localités reconquises. 

- Les groupes armés peuvent-ils perturber le scrutin?

Dimanche, "il n'y aura pas d'élection dans les zones sous contrôle de la CPC", affirme son porte-parole Serge Bozanga à l'AFP.Au premier tour et lors de la présidentielle, le 27 décembre, d'innombrables bureaux de vote étaient restés fermés en raison de l'insécurité.

"La situation reste très volatile", explique le lieutenant-colonel Abdoul-Aziz Fall, porte-parole des Casques bleus de la Mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca).Peu importe le dispositif de sécurité, redoute-t-il, "il suffit de quelques coups de feu pour créer la panique".Mais "les groupes armés sont dans une dynamique de repli vers des zones reculées". 

Et le gouvernement va "fortement renforcer" des lieux à "hauts risques" ou "difficile d'accès", promet M. Kazagui.

- Quels sont les enjeux des législatives?

Au total, 140 sièges de députés sont à pourvoir.Le Mouvement c-urs unis du (MCU) de M. Touadéra devrait en toute logique conserver la majorité face à une opposition divisée et dont une frange est accusée de complaisance à l'égard d'une rébellion impopulaire dans un pays lassé par les violences. 

Le principal enjeu réside dans le sort de plusieurs poids-lourds du camp Touadéra qui n'ont pu être élus dans des circonscriptions ou le scrutin a été empêché ou annulé. 

Mais, pour que la nouvelle Assemblée nationale soit légalement constituée, la Cour constitutionnelle a imposé qu'au moins 71 députés soient élus avant le 2 mai.Or, seuls 22 l'ont été au premier tour et seulement 49 circonscriptions sont en ballottage pour le second.

Dans les 69 autres, où le vote a été empêché ou annulé pour des irrégularités par la Cour constitutionnelle, un premier tour sera réorganisé dimanche, puis un éventuel second ultérieurement.

"La Minusca et la Cour constitutionnelle voulaient plutôt se concentrer sur les 49 circonscriptions" en ballottage "mais l'exécutif a estimé qu'il était capable d'organiser les 1er et 2ème tours sur tout le territoire", s'inquiète Hans de Marie Heungoup, chercheur à l'International Crisis Group (ICG). 

"La Centrafrique ne doit pas être toujours parmi les Etats d'exception.Nous voulons des élections apaisées et une Assemblée pleine et entière", répond M. Kazagui.