Malawi: le président déploie l'armée après des émeutes sanglantes

Par La rédaction

BLANTYRE (Malawi) (AFP) - (AFP)

Le président du Malawi Bingu wa Mutharika a affirmé qu'il ne quitterait pas le pouvoir et a fait déployer l'armée dans sa capitale Lilongwe jeudi, au lendemain d'émeutes antigouvernementales qui ont fait 12 morts, selon une source officielle.

"Je continuerai à gouverner le pays", a déclaré le chef de l'Etat dans une allocution à la radio."Comme la constitution le prévoit, l'autorité pour diriger le gouvernement est entre mes mains et entre celles de personne d'autre".

Jeudi à la mi-journée, 2.000 personnes environ étaient de nouveau rassemblées à Lilongwe, et autant à Blantyre, la capitale économique du pays.Les magasins étaient fermés, et l'on craignait de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l'ordre.

Le Malawi, petit pays d'Afrique australe, souffre d'une pénurie de carburant depuis que le gouvernement, en juin, a pioché dans les réserves de change pour payer des importations.

L'opposition entendait protester mercredi contre l'autoritarisme et la mauvaise gouvernance économique du président Mutharika.Mais les manifestations ont dégénéré en scènes de pillages et en affrontement avec les forces de l'ordre.

"Le Malawi est bien gouverné", a clamé M. Mutharika dans son allocution à la radio: "Le manque de réserves de change ou la pénurie de carburant ne peut pas être considéré comme le signe d'une mauvaise gouvernance ou d'un échec de l'Etat".

L'homme fort du Malawi a par ailleurs ouvert une porte au dialogue."Je suis prêt à rencontrer l'opposition et la société civile.Si vous avez des questions, parlons.Mais vous ne devriez pas laisser les gens piller et saccager les magasins.Ce sera néfaste pour notre développement", a lancé le président à l'adresse de l'opposition.

Jeudi, le ministère de la Santé a publié un premier bilan officiel des émeutes.Selon un décompte national, douze personnes ont été tuées et 22 blessées."La plupart des victimes sont mortes de graves hémorragies.Nous allons devoir maintenant établir la cause des décès après l'autopsie des corps", a déclaré Henry Chimbali, porte-parole du ministère, contacté par téléphone dans la capitale Lilongwe.

Neuf morts ont été recensés à Mzuzu (nord), deux à Blantyre, la capitale économique du pays, et un autre à Karonga, à la frontière avec la Tanzanie.

Vingt-deux personnes ont été traitées pour des blessures dans plusieurs hôpitaux du pays.

Jusqu'à 40% des recettes du Malawi, l'un des pays les plus pauvres du monde, proviennent de l'aide internationale, mais l'opposition accuse le président de faire fuir cette aide en raison de son "arrogance" et de sa mauvaise gestion.

Le dernier incident en date remonte à la semaine dernière, lorsque la Grande-Bretagne a annoncé le gel de son aide financière (19 millions de livres, soit 21,7 millions d'euros, en 2010).Londres a notamment accusé le gouvernement malawite de réprimer les manifestations, d'intimider les organisations de la société civile et de légiférer pour bâillonner l'opposition.

Le président Bingu wa Mutharika, 77 ans, dirige depuis 2004 son pays.Il a souvent été loué pour ses succès dans la lutte contre la pauvreté, et a été facilement réélu en 2009 pour un second mandat de cinq ans.Mais l'opposition lui reproche de devenir de plus en plus autoritaire et de "se transformer en dictateur".