Nigeria: les parents des jeunes filles enlevées réclament une aide internationale

3 mai 2014 à 16h40 par La rédaction


Abuja (Nigeria) (AFP)

Les parents des 223 lycéennes nigérianes toujours retenues par les islamistes armés du groupe Boko Haram ont demandé aux autorités samedi à Lagos de faire appel à l'aide internationale pour obtenir leur libération.

"Par tous les moyens, il nous faut tous les soutiens internationaux dont nous avons besoin", a déclaré dans une interview à la télévision Obiageli Ezekwesili, ancienne vice-présidente de la Banque mondiale.

Elle s'exprimait sur les lieux d'un sit-in de plusieurs dizaines de mères des adolescentes enlevées et de femmes d'Abuja venues réclamer la libération de leurs enfants.

"Ce que ces femmes disent, c'est qu'elles veulent que leurs filles soient libérées", a ajouté Mme Ezekwesili, qui a été également ministre de l'Education.

La police nigériane, sous le feu des critiques des parents des jeunes filles enlevées, a indiqué vendredi que des membres de Boko Haram détenaient toujours 223 filles sur les 276 initialement enlevées le 14 avril dernier dans le dortoir de leur école à Chibok (Etat de Borno), dans le nord-est du pays.

"Nous avons besoin de l'aide d'autres pays.Nous ne pouvons pas continuer à nous considérer comme un +big brother+, sans résultats", a estimé une manifestante. 

"Nous les femmes, nous allons maintenir notre mouvement.Nous devons maintenir notre message et la pression sur les autorités militaires et politiques pour qu'elles fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour s'assurer que ces filles soient libérées", a déclaré à l'AFP une des organisatrices de la marche, Hadiza Bala Usman.

Elle a ajouté que des femmes et des mères vont défiler mardi jusqu'aux bureaux du ministre de la Défense et du chef de l'Etat-major "pour leur demander ce qu'ils sont en train de faire pour obtenir la libération de nos filles".

Depuis leur manifestation devant l'Assemblée nationale mercredi à Abuja, des dizaines de femmes organisent des sit-in quotidiens de quatre heures devant la fontaine de l'Unité à Abuja pendant lesquels "nous planifions notre stratégie", a-t-elle ajouté.

"Nous estimons qu'il n'y a eu que peu ou pas d'efforts faits jusqu'à présent par les militaires et le gouvernement pour sauver ces filles qui ont été enlevées et qui sont quelque part dans d'obscures forêts", a-elle dit.

"Chaque jour qui passe, notre frustration grandit (...) pourquoi le gouvernement ne demande-t-il pas l'aide d'autres pays?", s'exclame un parent, qui a demandé l'anonymat.

 

- Des soldats déployés dans les aéroports -

 

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a promis samedi que les Etats-Unis feront "tout ce qui est possible pour aider le gouvernement du Nigeria à ramener ces jeunes filles dans leurs foyers et traduire les auteurs en justice.C'est notre responsabilité et la responsabilité du monde".

Le 1er mai, des centaines de parents des lycéennes enlevées, désespérés, s'étaient rassemblés pour une marche de protestation à Chibok, la ville où le rapt a eu lieu, appelant déjà à l'aide le gouvernement et la communauté internationale.

Des hommes armés, considérés comme des membres de Boko Haram, avaient attaqué un lycée dans le nord-est du Nigeria il y a presque trois semaines, enlevant les jeunes filles dans leur dortoir et les forçant à monter dans des camions pour les emmener dans la brousse, après une fusillade avec des soldats.

A Chibok, les parents sont d'autant plus inquiets que les victimes, âgées de 12 à 17 ans, pourraient avoir été emmenées au Cameroun et au Tchad voisins pour y être vendues contre une dizaine d'euros à des insurgés de Boko Haram et mariées de force, selon des informations recueillies par le chef du conseil des anciens de la localité, non confirmées par des sources sécuritaires.

L'insurrection de Boko Haram, commencée en 2009, a fait des des milliers de morts, dont 1.500 déjà depuis le début de cette année.

Ce climat de violences a entraîné le déploiement de soldats en armes dans les aéroports internationaux de Lagos et d'Abuja, en prévision du Forum économique mondial pour l'Afrique qui doit commencer mercredi.