Sahel: appel à l'aide internationale d'ONG "dépassées" par l'ampleur de la crise

Par AFP

AFRICA RADIO

Deux ONG ont lancé vendredi à Paris un appel à la mobilisation internationale, se disant "dépassées" par l'ampleur prise par la crise humanitaire au Sahel, notamment au Burkina Faso, où le nombre de déplacés - 600.000 personnes - grimpe de jour en jour.

"J'ai vu des scènes rappelant l'Ancien testament de la Bible: un véritable exode de gens montés sur un âne, avec quatre chèvres et le peu qu'il leur reste entassé dans une carriole", a témoigné Jan Egeland, secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), tout juste arrivé de Barsalogho, petite ville du centre-nord du Burkina Faso.Cette région accueille quelque 270.000 déplacés et réfugiés fuyant les violences jihadistes et intercommunautaires qui ensanglantent le pays depuis 2015.Moins de paysans dans les champs, de marchés achalandés et accessibles... "La conséquence de ces mouvements de population est aussi nutritionnelle", a ajouté Jean-François Riffaud, directeur général d'Action contre la faim (ACF). Parties du nord du Mali en 2012, les violences jihadistes, souvent entremêlées à des confits intercommunautaires, se sont propagées au Burkina Faso et au Niger, faisant 4.000 morts dans ces trois pays voisins en 2019, selon les Nations unies. "Ces communautés sont en train de s'effondrer et nous sommes impuissants", s'est alarmé le responsable du NRC lors d'une rencontre à Paris avec quelques journalistes. "Nous sommes submergés et dépassés" par une situation qui se détériore inexorablement, au fil d'attaques de plus en plus violentes, a-t-il averti.Les réfugiés de Barsalogho sont contraints de se partager 20 litres d'eau par famille et par jour, huit fois moins que la ration minimum, a-t-il souligné.Près de 4,2 millions de personnes étaient en situation de précarité alimentaire dans les pays du G5 Sahel (qui compte aussi le Tchad et la Mauritanie) en décembre 2019. Et ce chiffre risque de grimper à 6,6 millions (+57%) en juin 2020, selon l'ONU.La réponse internationale, avec sa "logique essentiellement sécuritaire", n'est pas à la hauteur de la crise, jugent les deux responsables. Sur les 315 millions de dollars nécessaires au financement des opérations humanitaires d'urgence au Sahel, seuls 150 millions ont été déboursés en 2019, ont-ils déploré.