Sénégal: ouverture d'une enquête après la mort d'un opposant en détention

AFRICA RADIO

15 juillet 2022 à 14h21 par AFP

La justice sénégalaise a ouvert une enquête sur la mort en détention cette semaine à Dakar d'un opposant qui aurait subi "des actes de torture et de mauvais traitements", a indiqué son avocat vendredi à l'AFP.

François Mancabou, la cinquantaine, avait été arrêté le 17 juin à Dakar, en lien avec une manifestation interdite de l'opposition. Il était un membre présumé du groupe appelé "force spéciale" dont une dizaine ont été depuis arrêtés, proche du parti du principal opposant Ousmane Sonkho selon la presse. M. Mancabou était notamment poursuivi pour "des faits d'actes de terrorisme et d'atteinte à la sûreté de l'Etat", a affirmé le procureur de la République Amady Diouf, lors d'une conférence de presse jeudi soir à Dakar. Son rôle consistait "à développer des stratégies d'attaque contre les forces de défense et de sécurité lors des manifestations", selon M. Diouf. "François Mancabou a été torturé, c'est ce qu'il a dit à sa femme, ses proches et à moi-même quand il m'a dit +voilà ce que ces gens m'ont fait+", alors que son état de santé était déjà très dégradé, a déclaré à l'AFP son avocat Patrick Kabou. Le procureur Diouf a expliqué jeudi à Dakar que M. Mancabou "a violemment cogné le mur et les grilles de la cellule de détention, sans que l'on sache réellement ses motivations profondes". "Les enquêteurs disposent d'images vidéo de 13 minutes qui seront versées dans la procédure", a-t-il ajouté, déclarant qu'une enquête a été ouverte pour "déterminer les causes et circonstances exactes du décès". "Une autopsie a été instamment ordonnée par le ministère public", a-t-il ajouté. "Est-ce que dans cette situation, on peut prendre le temps de filmer et de ne rien faire ?", a réagi Me Kabou. "L'officier qui est censé veiller n'a rien fait, donc il y a eu une faute et non-assistance à personne en danger", a-t-il poursuivi. Me Kabou a aussi réclamé que l'enquête soit réellement indépendante et non confiée à une structure de la police. "Sa famille comme ses avocats avaient demandé l'assistance du médecin de famille mais les autorités policières et médicales ont opposé de nombreux obstacles à cette demande", ont déclaré trois ONG locales de droits humains se disant "très préoccupées" par ce décès et exigeant une enquête indépendante.