Ancien ministre de l’Éducation et candidat à la présidentielle de 2023, Albert Ondo Ossa livre une analyse sévère de la crise sociale qui secoue le Gabon. Alors que les enseignants sont en grève depuis près d’un mois, il dénonce l’effondrement du système éducatif, critique la gestion économique du président Brice Oligui Nguema et réaffirme sa victoire à une élection, selon lui confisquée par le coup d’État d’août 2023.
Ecoutez Albert Ondo Ossa
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« Les enseignants ont tout perdu » : une grève révélatrice d’un malaise profond
Pour Albert Ondo Ossa, la grève des enseignants ne se résume pas à une simple revendication salariale. Elle révèle une crise plus profonde de la société gabonaise et de son système de valeurs. « Les enseignants réclament une meilleure organisation de la société, de l’échelle de valeurs. Hier, ils étaient à un certain niveau, aujourd’hui ils ne le sont plus. Ils ont perdu leurs attributs, leur pouvoir d’achat, leurs moyens d’existence, et c’est cela l’objet de la grève ». Il estime que les revendications portées par le collectif SOS Éducation sont pleinement fondées et s’inscrivent dans une longue histoire de dégradation du secteur. « Les revendications sont tout à fait légitimes, et cela date de Mathusalem. Dès le boom pétrolier, le système Bongo-PDG a dénaturé et déstructuré la société au point que l’éducation nationale est au ras des pâquerettes ».
Une élite sans qualifications et un État déstructuré
Albert Ondo Ossa lie directement la crise éducative à la nature du pouvoir politique gabonais et à la promotion, selon lui, d’élites déconnectées de toute exigence de compétence. « On a des nouveaux riches qui n’ont pas de qualification et qui sont à l’image de celui qui est au pouvoir aujourd’hui ». Une charge frontale contre le président Brice Oligui Nguema, élu en avril 2025 après avoir dirigé la transition issue du coup d’État contre Ali Bongo.
[Crise à l’Éducation nationale]
— Hermann Immongault (@HermanImmongaul) January 27, 2026
J’ai réuni ce 26 janvier les représentants du mouvement « SOS ÉDUCATION » afin de relancer les négociations et œuvrer à des solutions durables, dans un esprit de dialogue inclusif. #Gabon pic.twitter.com/iyE99iEW0a
Ancien ministre, part de responsabilité et réformes avortées
Interrogé sur sa propre responsabilité en tant qu’ancien ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sous Omar Bongo, Albert Ondo Ossa défend son bilan et affirme avoir tenté d’engager des réformes structurelles. « Moi ministre, j’ai essayé de revoir le système. J’ai organisé un baccalauréat qu’on a appelé le baccalauréat Ondo Ossa, j’ai proposé un modèle de restructuration de l’éducation nationale ». Mais il affirme que ces réformes ont été rapidement abandonnées après son départ du gouvernement. « Malheureusement, je suis parti, et les politiciens sont revenus et ont remis en cause tout ce que j’avais fait ».
Une critique sévère de la gestion économique actuelle
Sur le plan économique, Albert Ondo Ossa dresse un constat alarmant de la situation du pays depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Oligui Nguema, allant jusqu’à comparer défavorablement la période actuelle à celle d’Ali Bongo. « La situation économique était meilleure sous Ali Bongo. On a aujourd’hui un budget fantaisiste. Ali Bongo n’a jamais fait cela ». Il accuse le chef de l’État de conduire le pays vers une impasse financière. « Brice Oligui Nguema amène le pays à la ruine. D’où l’intervention du Fonds monétaire international ».
L’histoire se souviendra de ce jour du dimanche 20 août 2023 à Rio. De cette foule, de cette émulation. TOUS ENSEMBLE, UN GABON UN ET INDIVISIBLE. #Gabon #Gabon23 pic.twitter.com/mUqo8wEONk
— Ondo Ossa Albert (@OndoOssaA) August 20, 2023
Présidentielle de 2023 : une victoire toujours revendiquée
Plus de deux ans après l’élection présidentielle d’août 2023, annulée à la suite du coup d’État militaire, Albert Ondo Ossa continue de revendiquer sa victoire et appelle à rouvrir ce dossier politique majeur. « J’ai gagné l’élection de 2023. Les résultats m’ont été donnés, Brice Oligui Nguema a eu les mêmes résultats, mais le système ne voulait pas être cassé ». Pour lui, le coup d’État n’a pas réglé la crise démocratique, mais l’a au contraire aggravée. « Nous devons revenir sur les élections de 2023. Le peuple doit demander le départ de Brice Oligui Nguema ».
Lire aussi : Gabon–France : Oligui Nguema veut accélérer les projets économiques avec Paris
Une contestation sociale et politique appelée à durer ?
Alors que les mouvements de grève s’étendent à d’autres secteurs publics – santé, enseignement supérieur, audiovisuel – la parole d’Albert Ondo Ossa s’inscrit dans un contexte de montée des tensions sociales et de désillusion politique. Moins d’un an après l’élection de Brice Oligui Nguema, les espoirs suscités par la transition semblent se heurter à une réalité sociale plus dure, où la question de la légitimité du pouvoir reste, pour une partie de l’opposition, toujours ouverte.
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