Assassinat d'un étudiant au Burkina en 1990: des peines de 7 ans à la perpétuité requises

AFRICA RADIO

21 septembre 2022 à 23h06 par AFP

Le parquet du tribunal de grande instance de Ouagadougou a requis mercredi des peines allant de sept ans de prison ferme à la perpétuité contre les trois accusés dans le procès de l'assassinat en 1990 du leader syndical étudiant Boukary Dabo.

Leader de l'Association nationale des étudiants burkinabè dans les années 1990, à la pointe des manifestations contre le président d'alors, Blaise Compaoré, Boukary Dabo, étudiant en 7e année de médecine, avait été enlevé le 19 mai 1990 par des hommes armés. Il avait ensuite été conduit dans les locaux du Conseil de l'Entente, premier camp de l'ex-régiment de sécurité présidentielle, où il a été torturé à mort, puis inhumé à Pô, à 150 km de la capitale. Le parquet a demandé mercredi soir que Gilbert Diendéré soit reconnu coupable de "séquestration aggravée" et qu'il soit condamné à sept ans de prison ferme. D'autres charges comme "complicité de coup et blessures ayant entraîné la mort" et "recel de cadavre" ont été abandonnées. Gilbert Diendéré est déjà condamné à perpétuité pour son rôle dans l'assassinat de l'ex-président Thomas Sankara et de douze de ses compagnons, en 1987, dans un putsch qui a porté au pouvoir Blaise Compaoré. Dix ans de prison ont également été requis contre le colonel Mamadou Bamba, accusé de "complicité d'arrestation illégale et de séquestration" pour avoir indiqué à l'époque aux soldats quels étudiants devaient être arrêtés après une manifestation. Enfin, la prison à vie a été requise contre le sergent Victor Magloire Yougbare, absent du procès et jugé par contumace, pour avoir conduit le véhicule transportant le corps de l'étudiant. "Il y a beaucoup de choses que la procédure de ce dossier a occultées. Il n'y aura pas de vérité dans ce dossier", a réagi Me Mamadou Sombié, avocat du colonel Bamba. Lors de sa déposition à la barre le général Diendéré avait de son côté indiqué que l'ordre "d'enlever les étudiants" était venu du cabinet de la Présidence. Il assure avoir seulement été "informé du décès de l'étudiant dont il ignorait l'arrestation". Après une procédure ouverte en 2000, il a fallu attendre la chute du régime de Blaise Compaoré, renversé par la rue fin 2014, pour voir les premières inculpations dans ce dossier, prononcées en janvier 2017. En 2017, la justice avait annoncé avoir localisé la tombe présumée de Boukary Dabo à Pô, une ville abritant le centre d'entraînement commando où étaient formés les hommes de l'ex-garde prétorienne du président Compaoré. Le verdict est attendu dans la nuit de mercredi à jeudi.