A Lolkuta au Kenya, Mohamed Adan tient son école malgré la sécheresse

Par La rédaction

WAJIR (Kenya) (AFP) - (AFP)

Dans le nord-est du Kenya, près de Wajir, Mohamed Adan tient à bout de bras l'école de Lolkuta.Dans cette localité où il n'a pas plu depuis 2006, le manque d'eau et d'infrastructures a fait fuir la quasi-totalité des autres enseignants.

"Ceux qui ont le courage de se présenter ici après leur affectation repartent au bout de quelques semaines en raison des rudes conditions de vie," raconte Mohamed Haji, chef du village de Lolkuta."En particulier, ceux qui viennent du sud du pays".

Lolkuta se trouve dans l'ouest de l'immense région de Wajir, l'une des plus durement frappées par la sécheresse au Kenya.La province est frontalière de la Somalie, où l'ONU a déclaré mercredi en état de famine deux régions du sud.

Au total dans toute la Corne de l'Afrique, les Nations unies estiment à quelque 12 millions le nombre de personnes actuellement touchées par cette sécheresse qu'elles disent être la pire en des décennies.

Mais à Lolkuta, ni les abandons de ses collègues ni la sécheresse ne découragent Mohamed Adan.Il tient son école depuis son ouverture, il y a cinq ans.

"Nous avons commencé avec 80 élèves, aujourd'hui, nous en dénombrons environ 250", indique le quarantenaire, qui en plus de sa fonction de directeur, dispense des cours.

Mais pour s'occuper de tous ces élèves, l'enseignant, d'origine somalienne comme le reste de la population locale, n'est assisté que d'un seul jeune enseignant, Peter Kariuki.

Pour toucher leur paie, les deux agents de l'Etat doivent se lever aux aurores, marcher environ 25 kilomètres sous un soleil de plomb avant d'atteindre l'endroit où ils pourront prendre un transport en commun et se rendre à Griftu.C'est là, à environ 150 kilomètres de Lolkuta, que se trouve le bureau de l'inspection des écoles.

Comme il n'y a pas de maison à louer dans les environs de l'école, les deux instituteurs ont transformé l'une des trois salles de classe de l'établissement en une salle polyvalente d'un genre particulier.

Au fond, dans un coin, sont stockés des sacs de nourriture offerts par le Programme alimentaire mondial (PAM).Au milieu, se trouvent deux petits lits en métal pour les enseignants.La salle sert encore malgré tout aussi aux cours.

"Dans le cadre du programme de distribution d'eau, nous recevons chaque jour sept jerrycans de 20 litres chacun: cinq pour la cuisine de la nourriture des élèves et deux pour nos propres besoins", raconte Mohamed Adan, debout dans cette classe-dortoir.

Pour pouvoir enseigner à tout ce petit monde, le directeur a instauré un système de double vacation.Les petits - de la pré-scolaire à la troisième année du primaire - étudient le matin, ceux des quatrième et cinquième années viennent l'après-midi.

"Les plus petits ne peuvent pas supporter le soleil de l'après-midi", explique le pédagogue.

Le même pragmatisme a présidé à la répartition des tâches d'enseignement entre les deux maîtres d'école.Mohamed Adan, qui comprend la langue locale, a pris les plus petites classes, son collègue venu du sud est chargé des plus grands.

"Je suis le seul ici à ne pas parler la langue locale.Les élèves des classes supérieures commencent à parler anglais," explique Peter Kariuki."Evidemment, leur niveau n'est pas comparable à celui des élèves du centre et du sud du Kenya, mais je peux au moins communiquer avec eux."

L'enseignant de 27 ans est arrivé à Lolkuta en septembre 2010, mais il pense cependant lui aussi déjà au départ."Je ne vois pas comment envisager mon avenir ici, comment penser par exemple à me marier aussi longtemps que je travaillerai ici", confie-t-il.