L'Afrique du Sud fait un pas de plus vers la fin des grèves

Par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP) - (AFP)

L'Afrique du Sud a fait vendredi un nouveau pas vers la résolution du violent conflit social dans les mines, avec un accord chez Amplats pour réembaucher 12.000 grévistes licenciés, et la reprise du travail dans les mines d'or.

L'accord chez Amplats a été annoncé par le NUM, le syndicat national des mineurs qui doit tenir un grand meeting samedi à Rustenburg (nord), chef lieu du bassin minier où a démarré la crise à la mine de platine de Marikana.

Ces conflits ont fait une soixantaine de morts depuis août, dont près de la moitié dans des règlements de compte entre mineurs, très remontés contre le NUM.

Chez Amplats, les violences ont fait 4 à 9 morts.Dans un premier temps, la direction avait ignoré la grève, décidant de suspendre l'activité avant de lancer des ultimatums, plusieurs fois repoussés puis de licencier 12.000 grévistes.

"Nous sommes parvenus à un accord avec la direction pour que les employés licenciés soient réintégrés", a annoncé à l'AFP un coordinateur régional du NUM, Mxhasi Sithethi.

Premier producteur mondial de platine, Amplats a aussi consenti une prime unique de 2.000 rands (178 euros) et une prime unique de loyauté de 2.000 rands également pour les non-grévistes.

La filiale d'Anglo American a aussi mis sur la table une possible avance sur salaire de 2.500 rands (223 euros) selon les détails fournis par le NUM, alors que la direction d'Amplats n'a pas communiqué et était injoignable en début de soirée.

Sans lien apparent, la directrice générale d'Anglo American et présidente d'Amplats, Cynthia Carroll, a annoncé sa démission vendredi.Elle n'a pas expliqué son geste, lié selon les analystes aux mauvaises performances boursières du groupe et à la grogne d'une partie des actionnaires.

L'accord chez Amplats est suspendu à plusieurs conditions, notamment que les grévistes soient au travail mardi, et qu'ils acceptent par écrit de ne pas faire grève illégalement durant un an, selon M. Sithethi.

 Son application dépendra aussi de l'attitude des représentants des mineurs non associés à l'accord.

"L'offre mise sur la table n'est pas acceptable pour nous.On ne peut pas la vendre aux mineurs.En terme de salaire, il n'y a rien.Donc clairement pour nous, la grève continue.En masse", a déclaré à l'AFP l'un d'eux, George Tyobeka.

Amplats abrite le dernier carré de grévistes irréductibles, mettant le pays à la merci à tout moment d'un nouveau débordement de violences.

Dans les mines d'or, la majorité des grévistes ont repris le travail, et des milliers d'entre eux sont revenus à leur poste vendredi au lendemain de la signature d'une nouvelle grille salariale plus avantageuse entre le NUM et la Chambre des mines.

Les mineurs d'or avaient déjà perçu une augmentation annuelle le 1er juillet, et au total, l'augmentation de salaire cumulée perçue cette année par les ouvriers de mines d'or d'Afrique du Sud va de 11% à 20,8%.

Les groupes miniers AngloGold Ashanti et Harmony Gold ont indiqué qu'un grand nombre de mineurs avaient repris leur travail.

La production ne pourra toutefois redémarrer avant plusieurs jours, le temps de mettre en place des procédures de sécurité habituelles.

Chez Gold Fields aussi, le retour à une production à plein régime prendra aussi quelques jours.Le site de KDC East près de Johannesburg reste paralysé, mais la grande majorité des grévistes ont fait appel de leur licenciement, ce qui laisse encore la porte ouverte à une issue positive.

Avec ces grèves sauvages, l'industrie minière estime avoir perdu 900 millions d'euros, selon la Chambre des mines.

Mais plus généralement, l'Afrique du Sud aura du mal à faire oublier la mauvaise publicité offerte par ce conflit, alors que les images du massacre de Marikana ont fait le tour du monde entier le 16 août.Ce jour-là, la police a ouvert le feu sur une foule menaçante de mineurs en grèves, faisant 34 morts.

La police sud-africaine a commencé à reconnaître de possibles torts cette semaine devant la commission d'enquête.Elle a admis que la majorité des 34 grévistes abattus avaient été tués quand les forces de l'ordre ont poursuivi les fuyards, n'excluant pas la possibilité de bavures.