Sénégal: Wade, candidat à sa succession en dépit des appels à son retrait

Par La rédaction

DAKAR (AFP) - (AFP)

Le président sénégalais Abdoulaye Wade, 85 ans, au pouvoir depuis onze ans, sera candidat à sa propre succession en dépit des nombreux appels à son retrait de la vie politique, proposant même à ses opposants d'avancer le scrutin présidentiel prévu en février 2012.

Ses déclarations faites jeudi soir ont été pourfendues par l'opposition, la société civile et la presse, qui n'y ont vu qu'une manoeuvre de "diversion", s'en tenant à une seule exigence: le chef de l'Etat ne doit pas se représenter.

Dans son premier discours depuis les émeutes des 23 et 27 juin à Dakar, le président Wade a clairement dit qu'il sera candidat: "j'entrerai dans l'arène et je gagnerai".

Si "l'opposition est pressée et certaine" de l'emporter, "je peux envisager une élection présidentielle anticipée, si cela est nécessaire pour la cohésion sociale et la concorde nationale", dans un délai de 40 à 60 jours comme l'autorise la Constitution, a-t-il ajouté.

Pour lui les violences fin juin sont "totalement inacceptables" et il "fera face aux velléités de déstabilisation" du pays, se disant dans le même temps prêt à "associer l'opposition à l'exercice du pouvoir" et à engager le dialogue avec elle "sur tous les sujets".

Il a exclu de léguer le pouvoir à son fils Karim, qualifiant de "médisance" toutes les déclarations de ses adversaires lui prêtant cette intention.

Pour le Parti socialiste (PS, un des principaux partis d'opposition), Wade "est resté sourd au message" du peuple sénégalais et "au lieu d'apporter des réponses", il lui "a servi une mise en scène grotesque".

En lieu et place d'une adresse solennelle au pays, le chef de l'Etat avait choisi de parler devant un parterre de partisans dont une vingtaine ont chanté ses louanges pendant plus de 5 heures avant qu'il ne s'exprime.

"Le mépris pour le peuple apparaît dans la diversion avec ses propositions hors contexte", selon le PS qui a dirigé le Sénégal de 1960 à 2000 et a appelé à "organiser et amplifier les manifestations populaires" pour obliger Wade à ne pas se représenter.

Président de l'ONG Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), Alioune Tine a estimé que Wade "n'est pas allé à l'essentiel, la question de son éligibilité.Le combat doit continuer pour faire en sorte qu'il ne soit pas candidat en 2012.Tout le reste n'est que diversion".

Le mouvement de jeunes "Y'en a marre", en pointe dans le combat anti-Wade, a affirmé qu'il "n'a rien compris du message de la jeunesse"."Wade s'entête à maintenir sa candidature et nous divertit avec une élection présidentielle anticipée, sachant parfaitement que c'est du bluff", a déclaré un de ses leaders, Fadel Barro.

La presse sénégalaise a, dans sa quasi-totalité, descendu en flèche le discours du président, mettant en Une des titres qui révèlent le fossé qui se creuse entre le chef de l'Etat et son opinion publique: "Wade, le show et l'effroi", "Wade rate sa sortie", "Wade refuse de changer".

Les émeutes du 23 juin (une centaine de blessés) s'étaient produites en réaction à un projet de loi prévoyant l'élection simultanée d'un président et d'un vice-président avec 25% des voix au premier tour en 2012.

Sous la pression populaire, critiqué par les Etats-Unis, la France et l'Union européenne (UE), le président Wade a abandonné son texte.

Depuis, ses opposants, rassemblés dans un "Mouvement du 23 juin", ne cessent d'exiger qu'il annonce qu'il ne se représentera pas en 2012.

Quatre jours après, le 27, des émeutes s'étaient à nouveau produites à Dakar contre les coupures d'électricité.Plusieurs bâtiments publics et domiciles de pontes du pouvoir avaient été incendiés, saccagés et pillés.

Abdoulaye Wade a été élu une première fois en 2000, puis réélu en 2007 pour un mandat de cinq ans.

Ses partisans affirment qu'il se présente pour un second mandat de 5 ans depuis l'instauration du quinquennat, ses opposants disent qu'il s'agit bien d'un troisième mandat anticonstitutionnel après son premier septennat.