Centrafrique: l'UE reprendra la formation des soldats s'ils ne sont plus "employés par Wagner"

AFRICA RADIO

3 février 2022 à 17h21 par AFP

L'Union européenne, qui a suspendu temporairement sa formation des militaires en Centrafrique en invoquant la mainmise de Wagner, ne la reprendra que s'ils cessent d'être "employés" par cette société russe de sécurité privée, a affirmé jeudi à Bangui le chef de l'état-major de l'UE.

Le 15 décembre, le commandant de la mission de formation de l'UE en Centrafrique (EUTM-RCA), le général français Jacques Langlade de Montgros, avait annoncé à l'AFP la "suspension temporaire" de cette formation "en raison du contrôle exercé par les mercenaires de Wagner sur les forces armées centrafricaines (FACA)". Plusieurs centaines de paramilitaires russes qui ont mené une contre-offensive massive contre la rébellion depuis plus d'un an aux côtés de l'armée ont été accusés notamment par l'ONU de violation des droits humains, tout comme les soldats centrafricains et les rebelles. "La première condition, c'est d'avoir la garantie que les unités que nous entraînons ne sont pas employées par Wagner mais sont employées dans le cadre régalien de l'emploi des forces armées nationales", a déclaré jeudi à Bangui le vice-amiral français Hervé Bléjean, directeur général de l'état-major de l'UE (EMUE). Interrogé sur les conditions d'une éventuelle reprise de la formation des FACA, il s'exprimait dans une conférence de presse juste avant une cérémonie de passation du commandement de l'EUTM-RCA des mains du général Montgros à celles du général belge Jacky Cabo. Moscou ne reconnaît officiellement la présence que de 1.135 "instructeurs non-armés" dans ce pays en guerre civile depuis 2013. "Moi, je ne parle pas d'instructeurs russes", a asséné le vice-amiral Bléjean, poursuivant: "Ce qui nous gène, ce sont les mercenaires (...) qui ne respectent pas les valeurs républicaines qui sont prônées par le président de la République" centrafricaine Faustin Archange Touadéra. Sous un soleil de plomb, et en présence du chef de l'Etat qui n'avait pas assisté à la conférence de presse, le drapeau de l'UE a été échangé par les deux officiers généraux au camp Moana, base de l'EUTM jouxtant l'aéroport de Bangui. "Les 2.500 mercenaires de Wagner, qui sont russes pour certains mais pas seulement, ne peuvent pas être assimilés à des forces régaliennes de la Russie, ce sont des mercenaires", a martelé le vice-amiral Bléjean devant la presse. Quelque 70 instructeurs européens sont rentrés temporairement dans leurs pays respectifs mi-décembre. L'EUTM, avec encore 230 militaires fin 2021, avait formé jusqu'alors, depuis 2016 plusieurs milliers de soldats. Il reste actuellement une centaine de militaires européens qui se concentre pour l'heure sur le conseil stratégique à l'armée. L'UE a aussi sanctionné mi-décembre le groupe Wagner ainsi que huit personnes et trois sociétés qui lui sont liées pour les "actions de déstabilisation" en Ukraine et dans plusieurs pays d'Afrique.