Ethiopie: nouveaux convois d'aide pour le Tigré, selon le PAM et la Croix-Rouge

AFRICA RADIO

14 avril 2022 à 21h06 par AFP

De nouveaux convois d'aide humanitaire sont arrivés ou se dirigent jeudi vers Mekele, capitale du Tigré, région éthiopienne théâtre d'un conflit et menacée de famine, ont annoncé le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Addis Abeba (AFP)

Un convoi du CICR - composé d'une dizaine de camions, selon une source humanitaire - est arrivé jeudi à Mekele, a annoncé l'ONG.

Ce "deuxième convoi au Tigré ce mois-ci" du CICR "transporte fournitures médicales, nourriture d'urgence, matériel de traitement des eaux et articles essentiels aux ménages" ainsi que de l'équipement destiné à un centre de rééducation orthopédique, explique le CICR sur Twitter.

"Un autre convoi emmené par le PAM est en chemin vers Mekele", a indiqué pour sa part jeudi l'organisation sur Twitter: "47 camions chargés de nourriture, de denrées nutritionnelles et de fournitures vitales, plus trois camions-citernes de carburant - essentiels pour livrer tout cela aux communautés".

Le convoi compte des camions du PAM, de l'Unicef, de la JEOP (Joint Emergency Operation) - un consortium d'ONG - et d'autres organisations, a précisé une source humanitaire à l'AFP.

Interrompus depuis la mi-décembre, les convois routiers d'aide vers le Tigré ont repris le 1er avril, via la région voisine de l'Afar, à la faveur de l'annonce fin mars d'une "trêve" entre gouvernement fédéral éthiopien et rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Le premier convoi routier en trois mois, acheminé par le PAM et fort d'une vingtaine de camions, était arrivé à Mekele le 1er avril avec 500 tonnes d'aide alimentaire, rejoint le lendemain par des véhicules du CICR transportant, déjà, aide médicale, nourriture et matériel de traitement de l'eau.

Entre mi-décembre et le 1er avril, seuls des produits médicaux et de nutrition ont pu être acheminés par les airs au Tigré, en bien plus faible quantité que ce qu'autorisent les convois routiers.

Sur fond de combats et d'insécurité en Afar, dont une partie est occupée par le TPLF, le gouvernement éthiopien et les rebelles se sont longtemps mutuellement accusés de bloquer l'acheminement de l'aide par la route.

- Pour un "accès correct" -

Dans un communiqué jeudi, le gouvernement éthiopien, qui souligne avoir "facilité le déplacement" des 60 camions des deux convois ces deux derniers jours, "réaffirme son engagement à travailler étroitement avec la communauté internationale et autres partenaires pour assurer à l'aide humanitaire un accès correct" au Tigré.

Parallèlement il "exhorte la communauté internationale à faire pression sur les combattants du Tigré pour qu'ils se retirent totalement des zones qu'ils occupent dans les régions Afar et Amhara", voisines du Tigré, "afin d'ouvrir la voie à une fourniture sans heurt d'aide à ceux qui en ont besoin".

Le retrait du TPLF de l'Afar et de l'Amhara est une des conditions posées par Addis Abeba à la "trêve" annoncée fin mars.

La mise en route de ces nouveaux convois coïncide avec un déplacement en Ethiopie, où il est arrivé mercredi, de l'envoyé spécial américain pour la Corne de l'Afrique David Satterfield, alors que Washington a multiplié les pressions diplomatiques pour permettre le passage de l'aide vers le Tigré.

Elle intervient aussi 48 heures après l'annonce par le TPLF du départ de ses troupes d'Erebti, un des secteurs qu'elles occupent en Afar.Leur retrait effectif n'a pas été confirmé jusqu'ici.

Les informations selon lesquelles les forces du TPLF "ont quitté la région de l'Afar nécessitent d'être vérifiées", a commenté jeudi Dina Mufti, porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères.

L'aide arrivée au Tigré depuis le 1er avril reste très insuffisante au regard des besoins immenses de la région, estiment les observateurs.

Quelque 4,6 millions de personnes, soit 83% des six millions d'habitants du Tigré, sont en situation "d'insécurité alimentaire", tandis que deux millions souffrent d'une "pénurie extrême de nourriture", estimait le PAM en janvier.

Le conflit au Tigré - dont le bilan est inconnu - a commencé quand le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed y a envoyé l'armée fédérale destituer les autorités du TPLF, parti qui administrait la région après avoir dirigé de fait l’Éthiopie durant près de 30 ans.

Prix Nobel de la paix 2019, M. Abiy accusait le TPLF, qui contestait son autorité depuis des mois, d'avoir attaqué des bases de l'armée fédérale au Tigré.

Après avoir pris Mekele en un mois, l'armée éthiopienne a été chassée du Tigré courant 2021 par une contre-offensive du TPLF et le conflit, marqué par de nombreuses exactions de chaque camp, s'est propagé à l'Afar et à l'Amhara voisines.