Burundi: neufs blessés dans des heurts avec la police, les résidences universitaires fermées

30 avril 2015 à 14h50 par La rédaction

Bujumbura (Burundi) (AFP)

Neuf manifestants opposés à un nouveau mandat du président Pierre Nkurunziza ont été blessés jeudi dans de nouveaux affrontements avec la police, alors que le gouvernement a fermé les résidences universitaires pour, disent les étudiants, enrayer la protestation.

Les nouveaux heurts sont intervenus dans le quartier de Kinanira, dans le sud de la capitale.Les jeunes venaient de Musaga, quartier un peu plus à l'est et l'un des foyers des manifestations dont Bujumbura est le théâtre depuis dimanche.

Ils avaient réussi à passer deux barrages de police avant qu'un troisième ne les arrête en tirant à balle réelle sans sommation, selon une journaliste de Radio France internationale présente.

"Le bilan partiel" des nouveaux affrontements "est de neuf blessés, dont certains par balle", a affirmé le porte-parole de la Croix-Rouge, Alexis Manirakiza.

Ces neuf blessés s'ajoutent aux 37 enregistrés jusque-là par la Croix-Rouge chez les manifestants.La Croix-Rouge a par ailleurs relevé à six, contre cinq, le nombre de morts dans les violences de ces cinq derniers jours.La police déplore elle depuis dimanche une soixantaine de blessés, dont dix graves.

Jeudi, des journalistes de l'AFP se trouvant à proximité des affrontements ont entendu des tirs pendant deux à trois minutes.Ils ont ensuite vu au sol des traces de sang, des douilles de munitions et des chaussures perdues par les manifestants dans leur fuite.

Les quartiers périphériques de Bujumbura sont depuis dimanche le théâtre de manifestations émaillées d'affrontements avec la police.Les manifestants tentent de rallier le centre-ville, pour y faire une démonstration de force, mais la police les arrête systématiquement en chemin.

Les manifestants veulent faire renoncer le chef de l'Etat à une nouvelle candidature à la présidentielle du 26 juin.Pierre Nkurunziza, élu une première fois par le Parlement en 2005 et une deuxième fois au suffrage universel en 2010, a été désigné samedi candidat par son parti, le Cndd-FDD.

Ses opposants jugent un troisième mandat inconstitutionnel, la Loi fondamentale du Burundi limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.

Mais son camp assure que le premier mandat de son champion, en tant que premier président post-transition élu au suffrage indirect, ne doit pas être pris en compte dans le calcul.

 

- La guerre civile dans les mémoires -

Jeudi, le gouvernement a aussi fermé les résidences universitaires de Bujumbura, officiellement pour des problèmes de sécurité.Les cours ne sont pas interrompus, mais cette fermeture affecte des milliers d'étudiants qui viennent souvent de province.

Des journalistes de l'AFP ont vu des dizaines d'entre eux évacuer un campus, celui de Kiriri, jeudi matin, valise à la main.

"La décision est injuste", a jugé Léopold, un étudiant en génie civil de 29 ans, persuadé que les autorités avancent comme prétexte l'insécurité mais qu'en fait, elles espèrent "arrêter les manifestations".

Mercredi déjà, des étudiants avaient dénoncé la fermeture des restaurants universitaires, destinée selon eux à faire rentrer dans les provinces les étudiants participant aux manifestations.

Interrogé par l'AFP, le recteur de l'Université du Burundi, Gaspard Banyankibona, a assuré que "les étudiants pourraient revenir quand la sécurité sera rétablie".

Depuis des mois, la communauté internationale, mais aussi la population burundaise, qui a encore en tête les tueries d'une récente et longue guerre civile (1993-2006), craignent que cette nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza ne débouche sur des violences à grande échelle.

Jeudi, des experts de l'ONU ont estimé dans un communiqué depuis Genève que les progrès réalisés ces 15 dernières années seraient "mis en danger si les autorités ne prennent pas de mesures pour empêcher de nouvelles violences".

Appelant à une enquête approfondie afin que les responsables des dernières violences soient jugés, ils demandent aux autorités burundaises de garantir les droits élémentaires, dont les libertés d'expression et de rassemblement.

Depuis dimanche, la tension entre manifestants et policiers est la plupart du temps retombée grâce à l'armée, jugée plus neutre par la population et qui s'est à plusieurs reprises interposée pour calmer le jeu.

Jeudi, plusieurs habitants restés à l'écart des manifestions se sont aussi dit solidaires des jeunes qui défilent depuis dimanche.

"On ne fait pas les manifestations, mais on les soutient à 100%, qui peut ne pas les soutenir ?", lance Alice, à Jabe, quartier de l'est de Bujumbura.

"Ici, il n'y a pas de manifestation, on fait tout pour préserver la paix, parce que le quartier a énormément souffert pendant la guerre", renchérit Mousa, chauffeur de taxi dans un quartier du nord de la ville, Kinama."Mais cela ne veut pas dire qu'on soutient le pouvoir".