Guinée-Bissau: plusieurs arrestations après l'attaque d'une caserne

Par La rédaction

BISSAU (AFP) - (AFP)

Plusieurs personnes ont été arrêtées lundi en Guinée-Bissau, où les recherches se poursuivaient pour retrouver les auteurs de l'attaque meurtrière d'une caserne, présentée par le gouvernement bissau-guinéen comme une tentative de coup d'Etat soutenue par le Portugal, ex-colonisateur.

Cette attaque est venue confirmer l'instabilité chronique de la Guinée-Bissau, pays miné par le trafic de drogue dont l'histoire est jalonnée par la violence politico-militaire et les coups d'Etat depuis son indépendance du Portugal, en 1974, après une guerre de libération.

Accusé d'être derrière cet assaut par les autorités de transition - issues d'un coup d'Etat le 12 avril ayant renversé le régime de l'ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior - le Portugal s'est refusé lundi à tout commentaire, se contentant d'appeler "à la fin des violences" dans son ex-colonie.

 Au moins deux hommes politiques et un militaire en retraite, tous liés à l'ancien régime de Carlos Gomes Junior, ont été arrêtés.Deux autres sont activement recherchés, dont un ancien membre du gouvernement renversé en avril.

Un groupe d'hommes armés, au nombre indéterminé, a vainement tenté de prendre dimanche à l'aube le contrôle d'une caserne d'une unité d'élite de l'armée de terre, les "Bérets rouges", près de l'aéroport de Bissau.

Les assaillants ont pris la fuite après une heure d'échanges de tirs avec l'armée.La fusillade a fait sept morts, six assaillants et un militaire loyaliste, selon un bilan établi par l'AFP.Quatre des assaillants ont été arrêtés, selon le gouvernement.

 Ces assaillants étaient dirigés par le capitaine Pansau N'Tchama, considéré comme proche de l'ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior.

Le capitaine N'Tchama, membre lui-même des "Bérets rouges", était à la tête du commando ayant assassiné en 2009 le président Joao Bernardo Vieira.Il est récemment rentré du Portugal où il était en formation militaire depuis juillet 2009, selon des sources sécuritaires.

"Acte poltron" 

Les recherches pour retrouver cet officier et les membres de son commando en fuite se poursuivaient entre l'aéroport et la localité proche de Pefine Da Réia.

Une source militaire a indiqué à l'AFP que le passage était "strictement contrôlé" aux frontières du nord du pays, jouxtant le Sénégal, "à la suite d'instructions"."Certains fugitifs pourraient traverser vers ce pays voisin.Nous avons mis en alerte toutes nos unités à ce niveau", a-t-elle dit.

Lundi à Bissau, aucune perturbation n'a été notée par l'AFP: les services administratifs ont fonctionné et les habitants vaqué à leurs occupations.

Aucune présence militaire n'était non plus visible dans les rues, hormis le dispositif de contrôle au siège de l'état-major de l'armée, dans le centre-ville, qui a été renforcé.

Dès dimanche, le gouvernement avait affirmé qu'il s'agissait d'une tentative de coup d'Etat, en accusant le Portugal, la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et Carlos Gomes Junior, exilé à Lisbonne, d'en être "les promoteurs".

Le ministère portugais des Affaires étrangères a réitéré lundi "ses appels à la résolution pacifique des problèmes entre Bissau-Guinéens".

Sollicité par l'AFP, le gouvernement portugais s'est en revanche refusé dans l'immédiat à tout commentaire sur les accusations de Bissau.

Idem pour la CPLP, qui a cependant condamné dans un communiqué lundi soir le "recours récurrent à la force militaire" en Guinée-Bissau et regretté "la perte de vies humaines", sans évoquer sa mise en cause par Bissau.

L'ONU a également "condamné" lundi l'attaque et appelé les Bissau-guinéens à "résoudre leurs divergences par des moyens pacifiques, dont le dialogue".

L'épouse du président de la Commission nationale électorale (CNE) de Guinée-Bissau, Desejado Lima da Costa, a annoncé à l'AFP le décès de M. da Costa à Lisbonne des suites d'une longue maladie, alors que des élections générales sont prévues en 2013 par les autorités de transition.

En raison de son instabilité, la Guinée-Bissau est devenue ces dernières années une plaque tournante du trafic de drogue entre l'Amérique du Sud et l'Europe, trafic dans lequel des militaires de haut rang sont soupçonnés d'être impliqués.