Guinée: libération en appel de sept opposants à un 3e mandat présidentiel

14 mai 2019 à 14h32 par AFP

AFRICA RADIO

Sept opposants guinéens condamnés à trois mois de prison ferme pour avoir manifesté contre l'intention prêtée au président Alpha Condé de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat ont été relaxés en appel, a-t-on appris mardi auprès de leur avocat.

Ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d'Afrique de l'Ouest, Alpha Condé, dont le second mandat s'achève en 2020, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats sur le continent - deux maximum en Guinée.M. Condé, 81 ans, n'a jusqu'à présent pas annoncé de modification de la Constitution afin de pouvoir se représenter en 2020, mais plusieurs de ses déclarations récentes ont été interprétées en ce sens.Sept membres du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), créé en avril pour s'opposer à un troisième mandat, avaient été arrêtés alors qu'ils manifestaient le 4 mai à Kindia, à environ 110 km au nord-est de Conakry, lors d'un déplacement de M. Condé.Ils avaient été condamnés le 7 mai par le tribunal correctionnel de Kindia à trois mois d'emprisonnement pour "trouble à l'ordre public" et "entrave au droit de manifester".Mais ils ont été relaxés lundi en appel par le tribunal de Conakry "pour délit non constitué" et sont rentrés chez eux après dix jours de détention, a déclaré mardi à l'AFP leur avocat, Salifou Béavogui."Ce qui s'est passé à Kindia n'avait rien à voir avec le droit", a affirmé Me Béavogui, dénonçant "une parodie de justice qui voulait simplement intimider les opposants à un troisième mandat pour le chef de l'Etat".Des heurts entre partisans et opposants à un troisième mandat avaient fait plusieurs blessés le 30 avril dans les villes de Kankan (est), un fief de M. Condé, et Sangarédi (ouest).En avril, Human Rights Watch (HRW) a appelé à la création d'une "entité judiciaire chargée d'enquêter sur les décès survenus lors de manifestations", faisant valoir que "compte tenu de l'incertitude de l'avenir politique en Guinée, il est très probable que de nouveaux affrontements se produiront entre les forces de sécurité et des manifestants".L'organisation a souligné que la condamnation en février d'un policier "pour le meurtre d'un manifestant en 2016 a été la première d'un membre des forces de sécurité pour avoir tué un manifestant par balle depuis 2010".De son côté, Amnesty International a dénoncé le 24 avril un projet de loi antiterrorisme qui selon l'organisation "menace l'exercice des libertés à l'approche des élections" législatives et présidentielle, prévues respectivement à la fin de l'année et en 2020.