Italie: maintien en détention pour les hommes accusés d'avoir jeté à la mer des chrétiens

17 avril 2015 à 17h18 par La rédaction

Rome (AFP)

Le parquet de Palerme devait demander vendredi le maintien en détention des quinze migrants accusés d'avoir jeté à la mer douze chrétiens à la suite d'une rixe sur un bateau les transportant depuis la Libye, a-t-on appris de source judiciaire.

L'enquête sur le drame qui a coûté la vie à douze réfugiés chrétiens, jetés à la mer au motif de leur religion a été ouverte par le parquet de Palerme.Les survivants et les quinze accusés, de nationalité malienne, sénégalaise et ivoirienne, ont été interrogés jusque tard dans la nuit par les enquêteurs. 

"L'enquête est encore au début, explique dans un entretien accordé à La Repubblica, le procureur général de Palerme, Francesco Lo Voi."Nous avons encore beaucoup à travailler pour reconstruire exactement comment se sont déroulées les choses", a-t-il souligné.

"Ce drame jette un nouvel éclairage sur ces phénomènes aussi parce que c'est la première fois que ça arrive, affirme M. Lo Voi."Jusqu'à présent les migrants étaient les victimes des organisations de trafiquants, de contrebandiers sans scrupules qui les entassaient sur des embarcations inadaptées pour affronter la mer (...) mais l'affrontement religieux" dont auraient été victimes ces personnes " est véritablement déroutant", a-t-il expliqué.

"Il s'agit d'une tragédie dans la tragédie.Nous sommes devant un drame qui résulte par dessus tout du désespoir", s'inquiète, également dans la Repubblica, Mgr Giancarlo Perego, directeur général de la Fondation Migrantes, une organisation catholique d'aide aux migrants."Dans ces bateaux ces pauvres gens, malheureusement, apportent, parfois, avec eux également les divisions et les misères présentes dans leurs pays", selon lui.

Par la voix du cardinal Antonio Maria Veglio, "ministre" du pape chargé des migrants, le Vatican a fustigé un "acte à condamner de manière absolue".Mgr Veglio a aussi critiqué le peu de réactions en Europe après ce drame : "lorsque meurent des chrétiens, l'Europe donne l'impression d'être un peu fatiguée", a-t-il observé dans une interview au site italien Vatican Insider.

"Je me souviens que, lorsqu'il y a eu la tuerie à Charlie Hebdo, on a fait une grande manifestation à Paris avec un million de personnes, avec des chefs de gouvernement au premier rang.Cependant, lorsqu'il s'agit de chrétiens, on en parle plus ou moins", a ajouté le prélat italien.

Le drame est survenu en Méditerranée dans le détroit de Sicile.Selon les témoignages fournis à la police par une dizaine de réfugiés nigérians et ghanéens qui se trouvaient à bord de l'embarcation, une dispute a éclaté et une quinzaine d'hommes s'en sont pris à un groupe de Ghanéens et de Nigérians, tous catholiques, avant de jeter douze d'entre eux à la mer.