L'ancien fief industriel du Zimbabwe rêve d'une résurrection si Tsvangirai est élu

Par La rédaction

BULAWAYO (AFP) - (AFP)

Deuxième ville et ancien fleuron industriel du Zimbabwe, Bulawayo n'est plus que l'ombre d'elle-même.Alors, quand le Premier ministre Morgan Tsvangirai promet la résurrection nationale en cas de victoire aux élections du printemps prochain, l'espoir renaît.

En meeting ce week-end pour y fêter le 13e anniversaire de son parti, M. Tsvangirai, 60 ans, a fait vibrer le stade rempli de 20.000 partisans, une marée rouge aux couleurs du Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Lorsqu'il a évoqué dans son discours l'agonie de Bulawayo (sud-ouest), ses usines fermées, ses pénuries d'eau, ses emplois inexistants, et dénoncé "une politique délibérée pour marginaliser la région" de la part du président Robert Mugabe, les applaudissements ont fusé.

Premier ministre du gouvernement d'union nationale formé en 2009 pour éviter un bain de sang, M. Tsvangirai est aussi le champion de l'opposition à M. Mugabe, au pouvoir depuis 1980.

Samedi, il a appelé son parti à l'unité pour assurer la victoire l'an prochain et promis de "ressusciter le pays", et plus particulièrement la région de Bulawayo, le Matabeleland, autrefois grenier du Zimbabwe et meurtri dans les années 1980 par une terrible répression.

"Il n'est peut-être pas parfait mais c'est notre espoir", a commenté Thembani Mahlunge, un habitant de Bulawayo."Il a exprimé toute la déception et l'inquiétude face aux problèmes que connaissent la ville et la région, comme le chômage et le manque d'eau".

"Il faut donner sa chance à M. Tsvangirai", confiait un autre habitant, qui a requis l'anonymat, soulignant que le parti présidentiel, la ZANU-PF, avait eu tout le temps d'agir.

�?gé de 88 ans, M. Mugabe briguera un nouveau mandat lors des élections qu'il compte tenir en mars prochain.

Située à 440 km de la capitale Harare, Bulawayo a longtemps été la Manchester du Zimbabwe, avec sa grande fabrique de couverture ou sa manufacture d'articles de cuisine inondant le marché jusque dans les pays voisins.Elle abrite encore le siège de la compagnie des chemins de fer nationaux.     

Tirer la chasse d'eau 

Là où ses rues bourdonnaient d'activité, il n'y a plus que de la mauvaise herbe envahissant des terrains industriels à l'abandon, des façades décolorées et poussiéreuses et des installations rouillant en silence.

Comble de l'incurie, la semaine dernière, tous les habitants ont été invités par la mairie à tirer la chasse d'eau en même temps une fois par semaine pour créer une forte pression et déboucher les canalisations susceptibles de s'encrasser faute d'eau courante régulière.

A Bulawayo et sa région, M. Tsvangirai "est en phase avec les gens qui le soutiennent depuis le premier jour de création de son parti en 1999", observe Essie Ncube, analyste politique.

"M.Tsvangirai a bien compris les problèmes de la région, les gens vont certainement voter pour lui", renchérit Lesta Mapisa, ex-étudiant devenu commerçant pour gagner sa vie.

"Notre seule inquiétude est de savoir si les élections seront libres et justes, et qu'il n'y ait pas de violences comme dans certaines parties du pays, pouvant décourager les gens de voter", dit-il.

Depuis dix ans, toutes les élections présidentielles au Zimbabwe ont été marquées par des violences contre les partisans de M. Tsvangirai.En 2008, il avait dû retirer sa candidature pour éviter une guerre civile, laissant M. Mugabe seul en lice au second tour.

Quatre ans plus tard, le climat n'a rien d'apaisé.Des violences ont lieu régulièrement et le calendrier inquiète M. Tsvangirai.

Jeudi, M. Mugabe a proposé d'organiser les élections en mars prochain alors que la nouvelle Constitution destinée à créer un cadre plus démocratique n'aurait que quelques mois d'existence.Elle doit en principe être adoptée en novembre par référendum.

Selon des observateurs, M. Tsvangirai souhaiterait que le scrutin ait lieu en juin 2013.Mais son entourage a indiqué à l'AFP que ce n'était pas tant la date qui comptait que la création de conditions à des élections vraiment libres.