Libye: violents combats à Tripoli autour de la résidence de Kadhafi

22 août 2011 à 7h52 par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

De violents combats faisaient rage lundi matin autour de la résidence du dirigeant Mouammar Kadhafi à Tripoli, au lendemain d'une offensive majeure lancée par les rebelles dans la capitale libyenne, que les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, espèrent victorieuse.

Selon le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, le régime du colonel Kadhafi contrôle désormais "pas plus de 10% à 15%" de Tripoli.

Dans la nuit, les rebelles, qui ont lancé une offensive samedi soir sur la capitale, ont atteint la place Verte, un lieu symbolique où les partisans du régime avaient l'habitude de se rassembler.

Une foule en liesse dansait, agitait des drapeaux rouge, noir et vert, aux couleurs de la rébellion, et scandait "Allah Akbar" ("Dieu est grand") tout en tirant en l'air, selon des images de la chaîne britannique Sky News.

Pour autant, les affrontements se poursuivaient dans la capitale lundi matin.Des combats de plus en plus violents avaient lieu autour de la résidence de Mouammar Kadhafi à Bab Al-Aziziya, selon un journaliste de l'AFP.

Le colonel Kadhafi serait encore dans sa résidence, a indiqué à l'AFP une source diplomatique.

Depuis 06H00 (04H00 GMT), des bruits d'affrontements à l'arme légère et à l'arme lourde retentissaient également en provenance du sud de la capitale, a indiqué le reporter de l'AFP.

Vers 06H30 (04H30 GMT), des tirs de kalachnikov étaient aussi entendus tout près de l'hôtel Rixos, où est logée la presse internationale.L'hôtel est entouré par des hommes armés pro-Kadhafi, a précisé le journaliste.

Des témoins ont fait état d'affrontements dans plusieurs quartiers du centre-ville, notamment du côté du port, et de la présence de tireurs embusqués pro-régime sur le toit d'immeubles.

La situation était très tendue dans plusieurs quartiers, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Dans un bref entretien téléphonique avec la chaîne Al-Jazira enregistré dans la nuit, un des fils de Mouammar Kadhafi, Mohamed, a affirmé qu'il était chez lui et qu'il ne quitterait pas sa maison.L'entretien a été interrompu par des bruits de tirs, intenses et très proches, puis Mohamed Kadhafi, président du Comité olympique libyen, a repris l'interview sur un ton de panique.

L'offensive "Sirène" a été lancée en coordination entre le CNT, l'organe politique de la rébellion à Benghazi (est), et les combattants dans et autour de Tripoli, a indiqué un porte-parole du Conseil national de transition (CNT), en précisant que l'Otan était "aussi impliquée".

Des insurgés se sont infiltrés dans la capitale en arrivant par la mer de l'enclave côtière de Misrata, à 200 km à l'est, selon la rébellion.

D'autres rebelles venant de l'Ouest ont réussi, après de violents accrochages, à entrer dans Tripoli dimanche en fin d'après-midi, acclamés par les habitants qui couraient le long de leur convoi, dans une ambiance euphorique, a constaté un correspondant de l'AFP.

Les insurgés, qui semblent n'avoir pas rencontré une forte résistance, se sont approchés du centre de la capitale après avoir pris le contrôle de plusieurs quartiers dont Tajoura, banlieue est de Tripoli, selon les témoins.

Quelques heures auparavant, le colonel Kadhafi avait appelé ses partisans à "nettoyer" la capitale, dans son troisième message sonore en moins de 24h diffusé par la télévision libyenne.

Dimanche matin, il avait déjà martelé qu'il ne se rendrait pas et sortirait "victorieux" de la bataille de Tripoli.

Le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, a affirmé pour sa part dimanche soir que 1.300 personnes avaient péri au cours des dernières 24 heures à Tripoli.Il n'était pas possible de vérifier ce bilan.

L'Afrique du Sud a affirmé ne pas avoir envoyé d'avions en Libye pour permettre à Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, de quitter le pays.

Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, a annoncé que Seif al-Islam, un autre fils Kadhafi, avait été "arrêté".Présenté dans le passé comme le futur successeur de son père, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes contre l'humanité.Des discussions entre le CPI et les rebelles sont en cours concernant Seif al-Islam.

A Benghazi, des dizaines de milliers d'habitants en délire ont envahi les rues dans la nuit."Bye Bye le frisé!", "Dieu est grand!", scandait la foule.

Mahmoud Jibril, l'un des principaux responsables du CNT, basé à Benghazi, a demandé aux rebelles de s'abstenir de toute vengeance.Il les a également mis en garde contre des "poches de résistance (pro-Kadhafi) dans et autour de Tripoli", soulignant que "le combat n'est pas terminé".

Dans la nuit de dimanche à lundi, les forces pro-kadhafi ont ainsi pilonné le quartier Al-Hemida (est), a indiqué à l'AFP un habitant."Les bataillons de Kadhafi sont en train de tirer des roquettes sur les habitations, les gens sont terrifiés et terrés chez eux, en train d'attendre les rebelles pour les sauver".

Dans l'Est libyen, la rébellion a appelé les forces encore fidèles au colonel Kadhafi à déposer les armes à Brega.

Mais pour le président américain Barack Obama, le régime "a atteint le point de non-retour" et le "tyran" libyen doit partir pour éviter un bain de sang.

Le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen a estimé de son côté que "le régime de Kadhafi s'effondre clairement".

L'Otan a pris le commandement fin mars d'une coalition internationale intervenue sur mandat de l'ONU pour protéger la population civile d'une sanglante répression d'un mouvement de contestation, né à la mi-février, contre Mouammar Kadhafi.

La Chine a déclaré "respecter le choix du peuple libyen et espère un retour rapide de la stabilité en Libye".

L'UE et Londres ont affirmé que la fin du régime est proche, Paris et Rome soulignant que le conflit touchait à sa fin, le chef de la diplomatie italienne estimant que

Pour sa part, l'un des derniers alliés du dirigeant libyen, le président vénézuélien Hugo Chavez a estimé que les gouvernements d'Europe et les Etats-Unis étaient "en train de détruire Tripoli sous les bombes".