Mali: les Français bombardent des islamistes retranchés à Gao

Par La rédaction

GAO (Mali) (AFP) - (AFP)

L'armée française a bombardé lundi le commissariat principal de Gao, dans le nord du Mali, où des islamistes armés s'étaient retranchés lors de leur première contre-attaque d'envergure, un mois après le début de l'intervention française.

La ville de Gao, la plus grande du nord du Mali, a été dimanche le théatre de combats de rue entre soldats maliens et combattants jihadistes qui y ont aussi commis les premiers attentats suicides de l'histoire du Mali, marquant une nouvelle étape du conflit.

"Il s'agit de la deuxième phase des opérations", a estimé Pascal Le Pautremat, universitaire, spécialiste des questions militaires et du nord du Mali.

"Ces attaques islamistes étaient envisagées et prévisibles.Il peut s'agir d'un coup de sonde sur les capacités de réaction des forces maliennes et françaises et en même temps d'une action psychologique", a-t-il ajouté.

Plusieurs témoins on dit avoir vu "un hélicoptère" de l'armée française bombarder lundi à l'aube le commissariat de Gao, ancien siège de la "police islamique" mise en place par le groupe islamiste du Mujao lors de son occupation de la ville l'an dernier.

Un journaliste de l'AFP a constaté que le batiment avait été totalement détruit et a également vu de nombreux débris de corps humains aux alentours.Le nombre de vicimes n'était pas connu dans un premier temps.

Un autre témoin a affirmé qu'un des islamistes qui se trouvaient à l'intérieur du commissariat s'était également fait exploser, sans préciser si c'était avant ou pendant le bombardement de l'hélicoptère français.

Le commissariat avait été investi par les combattants jihadistes d'où ils ont tiré dimanche sur les soldats maliens.

Les combats à Gao, signe d'un regain d'activités des islamistes armés qui avaient dans un premier temps fui les villes reprises par les soldats français et maliens fin janvier, sont intervenus un mois après le début de l'intervention française au Mali, le 11 janvier.

En revendiquant l'attaque sur le centre-ville de Gao contre l'armée malienne "qui a laissé venir les ennemis de l'islam", Abou Walid Sahraoui, porte-parole du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), a affirmé que "les moujahidine sont dans la ville de Gao et y resteront".

Mais lundi matin, un journaliste de l'AFP a constaté que la ville, désertée la veille en raison des combats de rue, reprenait petit à petit ses activités et qu'aucun échange de coups de feu n'était entendu.Seul un tir de sommation a retenti au moment de l'arrestation d'un supect.

Des centaines de personnes étaient regroupées autour du commissariat bombardé, se réjouissant du coup porté aux jihadistes.

"Beaucoup d'islamistes" auraient été tués lors des combats de dimanche, selon un officier de l'armée malienne, ce qui n'a pas pu être confirmé de source indépendante.

Capacité de résistance

Entamée le 11 janvier pour stopper une offensive jihadiste vers le Sud et la capitale malienne Bamako, l'opération de l'armée française, en appui de l'armée malienne, a permis en deux semaines de reprendre Gao, Tombouctou et Kidal, les grandes villes occupées pendant neuf mois par les groupes liés à Al-Qaïda.

L'avancée des soldats français et maliens s'est faite sans presqu'aucune résistance, les jihadistes semblant avoir fui pour se retrancher dans des zones désertiques, notamment dans le massif des Ifoghas, dans la région de Kidal, à 1.500 km au nord-est de Bamako, près de l'Algérie.

Mais depuis quatre jours, les islamistes armés ont montré qu'ils n'avaient pas tous fui et ont prouvé leur capacité de résistance à Gao, plus grande ville du Nord reprise par les armées française et malienne le 26 janvier, ce qui semble marquer un tournant dans leur stratégie.

Pour la première fois dans l'histoire du Mali, ils y ont commis en 24 heures deux attentats suicides contre un poste de contrôle de l'armée malienne à la sortie nord de la ville.Ce poste a été renforcé par des soldats français, a constaté lundi matin un journaliste de l'AFP.

Ces attentats ont été revendiqués par le Mujao - groupe également accusé de diverses activités criminelles dont le trafic de drogue - qui tenait totalement la ville depuis juin 2012, y commettant de nombreuses exactions au nom d'une interpétation rigoriste de la charia (loi islamique).

Avant ces attentats suicides et les actions de guerilla de dimanche à Gao, le Mujao avait affirmé la semaine dernière avoir réussi à créer un nouveau front par la pose de mines, l'attaque de convois militaires et l'utilisation de kamikazes.