Sénégal: Gorée, symbole de la traite, se bat contre les déchets plastiques

AFRICA RADIO

4 mars 2022 à 16h21 par AFP

Bouteilles, emballages, pailles et autres détritus de plastique hétéroclites jonchent les roches basaltiques de Gorée: l'île symbole de la traite atlantique des esclaves se bat contre la pollution des déchets plastiques.

Les Nations unies espèrent bien enrayer ce fléau qui affecte les océans et mers du globe, ainsi que des milliers d'espèces marines. Mercredi à Nairobi, l'ONU a lancé des négociations, devant durer jusqu'en 2024, pour un traité contre la pollution plastique. A quelques encablures du port de Dakar, Gorée, d'où sont partis pendant plusieurs siècles des esclaves africains vers les Amériques, est placée sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. L'île sénégalaise, d'environ 2.000 habitants, reçoit chaque jour 700 à 1.000 visiteurs, affirme à l'AFP Wahab Sow, responsable de la gestion environnementale de cette commune. Et malgré les précautions de la municipalité, quelque 700 à 800 kg de déchets sont ramassés sur ce rocher d'une vingtaine d'hectares, avant d'être acheminés vers Dakar tous les deux jours. "Des personnes qui viennent (sur l'île) abandonnent leurs déchets plastiques sur les campings", déplore M. Sow. "Les deux tiers des déchets produits sur l'île proviennent des visiteurs", assure-t-il. - Tri et compost - Au Sénégal, une loi en vigueur depuis bientôt deux ans, imparfaitement appliquée, interdit les produits plastiques à usage unique et jetables, comme les pailles pour les boissons, les emballages dans le commerce et les grandes surfaces, et les tasses de café et de thé. Debout près d'un tas d'ordures tout juste déposé par un quidam, Abdoulaye Mbaye, responsable de l'assainissement de l'île, cache mal sa colère. "Chaque jour, nous sommes confrontés à des actes similaires. Les gens jettent les déchets plastiques dans l'île. Pourtant il y a deux poubelles devant chaque maison et les agents de la propreté passent chaque matin pour collecter les déchets", ajoute-t-il. Wahab Sow dit regretter l'"impact" des déchets plastiques "sur la biodiversité", par exemple "les poissons (qui) confondent les sachets (plastiques) avec les méduses" et les consomment. Pêcheur de 40 ans exerçant depuis 10 ans sur l'île, Ousseynou Guèye, voit les poissons se raréfier. "Les déchets plastiques ont causé beaucoup de dégâts dans l'île. Maintenant il me faut aller très loin, à minimum trois kilomètres, pour espérer trouver des poissons" autour de l'île dont les côtes sont réputées poisonneuses, dit-il. La situation est "problématique", admet M. Sow. "Il est temps que nous repensions notre système de gestion des déchets en mettant le citoyen au coeur de l'action", dit-il. En attendant, la municipalité a mis sur place un système de tri et de transformation des déchets, dit M. Sow. Sur une colline dominant l'île, un endroit délimité par un grillage métallique accueille dans des fosses creusées dans la terre ferme les déchets organiques transformés en compost, produit ensuite stocké dans des sacs déposés tout autour.