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Le film "Promis le ciel" sort au cinéma. Aïssa Maïga, actrice principale : "Redonner un visage à celles que l’on rend invisibles est un combat"

Actus. Aïssa Maïga est actrice, réalisatrice et productrice française d’origine sénégalo-malienne. Elle était l’invitée d’Africa Radio mardi 27 janvier 2026 à 07h45.

Le film "Promis le ciel" sort au cinéma. Aïssa Maïga, actrice principale : "Redonner un visage à celles que l’on rend invisibles est un combat"
Aïssa Maïga - Nadir Djennad

Dans Promis le Ciel, le nouveau film de la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri, qui sort sur les écrans mercredi 28 janvier, Aïssa Maïga incarne Marie, une pasteure ivoirienne installée à Tunis. À travers le destin de trois femmes noires et d’une enfant rescapée d’un naufrage, le film explore avec une rare justesse l’exil intra-africain, la solidarité féminine et la dignité face à l’ostracisation. Rencontre avec une actrice engagée, habitée par un rôle profondément politique et spirituel. 

Ecoutez Aïssa Maïga


Un film choral sur l’exil au féminin 

Promis le Ciel raconte l’histoire de trois femmes noires venues de Côte d’Ivoire ou d’ailleurs — Marie, Naney et Jolie — et de Kenza, une petite fille rescapée d’un naufrage. Pasteure, étudiante, sans-papiers ou enfant, elles vivent ensemble à Tunis, dans un contexte de rejet violent des personnes noires migrantes en Tunisie. Le film d’Erige Sehiri choisit un angle encore trop rarement exploré : celui des migrations africaines à l’intérieur du continent, et plus particulièrement du vécu des femmes. Un regard intime, politique et profondément humain. 

Marie, une pasteure au-delà de la fonction 
  

Aïssa Maïga incarne Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste, pilier spirituel et moral de cette communauté fragile. Un rôle qu’elle décrit comme bien plus complexe qu’il n’y paraît. « Marie est une femme totalement dédiée à son ministère, à sa mission qui consiste à soutenir, à porter à bout de bras spirituellement une communauté pour lui donner la foi et de l’espoir. C’est une ancienne journaliste qui a quitté le monde de l’information pour embrasser le monde de la foi". Derrière la figure religieuse, se dessine une femme traversée par ses propres failles, ses silences et ses blessures. 

Foi, solidarité et monde intérieur 

Ce qui a immédiatement touché l’actrice, c’est la force intérieure du personnage, mais aussi ses contradictions. « Ce qui m’a touchée, c’est la certitude profonde, totale et constante, d’être en connexion avec le divin. C’est l’énergie qu’elle met pour organiser une solidarité à même de redonner de la dignité à une communauté migrante. Et puis il y a le contraste entre ce qu’elle montre, ce rôle qu’elle endosse, et ses secrets, son monde intérieur, ses blessures. » Marie devient ainsi le cœur battant du film, un point d’ancrage entre le sacré et le réel, entre la foi et la survie.  

Refuser les clichés sur les femmes migrantes  

Pour Aïssa Maïga, il était essentiel de ne jamais réduire son personnage à sa condition de migrante. Un engagement qui dépasse le cadre du cinéma. 
« D’abord en tant que citoyenne, j’ai été glacée d’horreur par les images du sort réservé aux migrants africains noirs en Libye, puis en Tunisie. Les tortures, l’esclavage, les rafles, les gens jetés dans le désert après les déclarations sur le “grand remplacement”… J’étais extrêmement choquée et je me sentais impuissante. » 
Lorsque le projet d’Erige Sehiri arrive, l’actrice comprend immédiatement qu’il s’agit d’un geste cinématographique rare. « Je savais que ce ne serait pas un projet cliché. Elle avait étudié son sujet, interrogé son propre regard pour éviter les biais. Les personnages allaient être dépeints dignement, de manière multidimensionnelle. On allait parler de la migration au féminin et de la migration des Africains sur le continent africain, qui représente 80 % des migrations africaines. » 

L’exil intra-africain, une histoire ancienne et entremêlée 

Le film replace les trajectoires migrantes dans une histoire longue, souvent ignorée. « La Tunisie s’appelait Ifriqiya, c’est de là que vient le nom Afrique. Moi, du côté paternel, je viens du nord du Mali, juste de l’autre côté du Sahara. Nos cultures ont toujours été liées. Depuis des siècles, les gens ont voyagé, commercé, partagé des religions et des valeurs. » 
En montrant ces circulations anciennes, Promis le Ciel déconstruit l’idée d’une migration anormale ou illégitime, pour rappeler qu’elle fait partie intégrante de l’histoire du continent. 

crédit : ManekiFilms/Henia Productions

Le cinéma comme réparation symbolique 

Pour Aïssa Maïga, le cinéma peut — et doit — être un espace de réparation. « Ce contre quoi je me bats, ce sont les stéréotypes, les clichés, les représentations qui enferment et dégradent. Ce qui me rend fière, ce sont les histoires qu’on ne raconte pas. Rassembler autour d’un récit inattendu, représenter des personnes invisibilisées avec dignité, pour moi, c’est presque une obsession. » 
Avec Promis le Ciel, l’actrice et la réalisatrice signent une œuvre profondément politique sans jamais être démonstrative, où la solidarité féminine devient un acte de résistance, et où chaque personnage retrouve un visage, une voix, une humanité. 



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