Soupçons de "complicité de crimes contre l'humanité" visant BNP Paribas: des réfugiés soudanais entendus

AFRICA RADIO

18 mars 2022 à 11h36 par AFP

Quatre réfugiés soudanais qui ont fui leur pays après y avoir subi des persécutions ont été entendus à Paris dans l'enquête visant BNP Paribas pour des soupçons de "complicité de crimes contre l'humanité", selon un communiqué diffusé vendredi de la FIDH.

Il s'agit d'une "étape cruciale", se sont réjoui leurs avocats, Mes Clémence Bectarte et Emmanuel Daoud, qui ont obtenu en 2020 l'ouverture d'une information judiciaire après une plainte conjointe avec la FIDH, la LDH et neuf Soudanais. Sollicité par l'AFP, BNP Paribas a répondu n'avoir "aucun commentaire à apporter sur cette procédure qui suit son cours." Les juges d'instruction enquêtent sur le rôle de la banque française au Soudan dans les années 2000. En particulier lors de la guerre civile qui a fait depuis 2003 plus de 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU, dans la province du Darfour sous le régime d'Omar el-Béchir (1989-2019). Selon la plainte des ONG, le régime a pu, avec l'argent de la BNP, "financer ses actions ainsi que des milices qui menaient des attaques et pillages dans des villages" ou les services de renseignement "qui ont emprisonné de façon arbitraire et torturé de nombreux civils et activistes originaires du Darfour et autres régions marginalisées". Parmi eux ces victimes, Omar A. (nom modifié), 40 ans, réfugié aux Etats-Unis depuis 2010. Originaire du Darfour et membre de la tribu Four, ce militant raconte avoir été visé de façon répétée, à partir de 2002, par l'ex-Service national de renseignement et de sécurité soudanais (NISS), pour sa collaboration avec des organisations internationales de défense des droits humains. En 2009, il a été enlevé à Khartoum. "Ils m'ont transféré dans les services de renseignement militaire et torturé", a-t-il affirmé à l'AFP. Comme trois autres réfugiés soudanais, il a raconté son histoire aux magistrats et enquêteurs dans l'espoir "d'obtenir justice et que ça serve de leçon, pour cette banque et toutes les autres qui financent des dictatures". En 2014, BNP Paribas a plaidé coupable aux Etats-Unis de violation des embargos américains contre le Soudan, Cuba et l'Iran et payé une amende record de 8,9 milliards de dollars. Le Soudan a annoncé en 2021 son intention de remettre Omar el-Béchir, destitué en 2019, à la Cour pénale internationale (CPI) qui le réclame pour "génocide" et crimes contre l'humanité lors du conflit au Darfour. jpa-bp/gd/pa/eb [object Object]